Le nouveau roman de Paul Auster est bref, mais d’une densité exceptionnelle. Le genre d’ouvrage dans lequel on reste en apnée jusqu’à la dernière ligne.
L’homme qui, ce matin-là, se réveille, désorienté, dans une chambre inconnue est à l’évidence âgé. Il ne sait plus qui il est, il ignore pourquoi et comment il se retrouve assigné à résidence entre les quatre murs de cette pièce, percés d’une unique fenêtre (aveugle) et d’une porte qui, pour lui demeurer invisible, doit bel et bien exister puisque des “visiteurs” vont la franchir…
Sur un bureau, sont soigneusement disposés une série de photographies, deux manuscrits et un stylo. Partout, des petits morceaux de papier sur lesquels sont écrits les noms des objets sur lesquels ils sont collés : mur, porte, bureau, lit…
Qui est-il ? Et que lui veulent ces interlocuteurs qui vont se succéder dans sa chambre tout au long de la journée ? Pourquoi ce système de surveillance fixé au plafond et qui photographie chacun de ses faits et gestes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à raison d’une photo par seconde ?
Du lever au coucher de cet homme mystérieux, Paul Auster ne nous épargne rien de l’existence recluse de celui qu’il baptise Mr Blank.
Et pourtant, on referme Dans le scriptorium sans avoir beaucoup progressé dans la compréhension des événements qui nous ont été décrits… Frustration ? Non. Paul Auster est beaucoup trop talentueux pour laisser son lecteur sur cette seule impression.
C’est qu’il y a du Kafka dans ce roman, pour l’incompréhension permanente, envoûtante dans laquelle le lecteur est maintenu diaboliquement. Il y a aussi du Buzzati dans l’évocation de certaines contrées frontalières et territoires Invisibles. Il y a même de l’intelligence politique dans sa manière indirecte de s’interroger sur son pays et sur sa responsabilité face à son passé et à l’Histoire.
Alors on succombe sans résistance au charme vénéneux d’une narration qui ne laisse aucun répit à la curiosité. Et l’on savoure un style délié et minutieux qui, au même titre que l’histoire elle-même, nous maintien en haleine jusqu’à la dernière ligne.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 24/03/2007