Après Le Royaume ambigu, voilà un nouveau film sur le conflit irakien. Cette fois ci, la position est claire: le courage de Paul Haggis mérite le respect. La composition de Tommy Lee Jones impose un point de vue assez touchant sur cette guerre.
Scénariste brillant, Paul Haggis a bousillé la révolution qui devait réformer les Oscars. Son premier film, Collision, a remporté la statuette du meilleur film à la place du favori, l'excellent Brokeback Mountain. Les frileux académiciens se sont cachés derrière un premier film qui ressemblait à du sous Robert Altman réalisé par un curé de campagne.
Il y avait donc toutes les raisons de ne pas trop apprécier le bonhomme, même s'il est le scénariste préféré du vénérable Clint Eastwood. Il était même légitime de s'inquiéter devant son second long métrage sur la guerre en Irak.
Avouons le: on est rapidement rassuré. A la différence de son premier film choral, le second se concentre sur un personnage. Hank Deerfield apprend que son fils a déserté de l'armée après son retour d'Irak. Il a même disparu. Ancient sergent dans la police militaire, Hank part à la recherche de son fils et va faire de terribles découvertes.
Ces vérités, Paul Haggis les filme avec un calme glaçant et un certain sens du réalisme. Il filme une Amérique rurale, traumatisée par une guerre mais qui n'a jamais le droit de le dire. Les Etats Unis devient un endroit cruel et sourd, où l'individu est complètement écrasé par la cause commune. L'image froide du film rappelle justement Million dollar baby de Clint Eastwood.
Comme c'est un film américain, Paul Haggis prépare tout un discours sur la responsabilité oubliée et l'humanité chancelante en temps de conflit. A ce titre, Charlize Theron, en flic zélée, et Susan Sarandon, en mère meurtrie, défendent des rôles difficiles car caricaturaux.
Haggis a néanmoins le bon goût de ne pas courir après l'efficacité. Son film est lent et révèle tout doucement les zones d'ombre autour de l'enquête mais aussi son héros.
Tommy Lee Jones, star burrinée du cinéma, trouve ici le rôle de sa vie. Américain jusqu'au bout des cheveux, son personnage, toujours en retrait, offre des émotions rares au spectateur. Mutique, le comédien est exceptionnel et sensible.
Le héros permet d'excuser quelques lourdeurs et quelques facilités (la fin hors de propos). Il permet aussi de retenir toute l'attention sur ce film clairvoyant, filmant la petite Amérique, celle des diners au bord des routes interminables edes grands espaces. Des images d'Epinal bien tristes ces derniers temps!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 12/11/2007