Avec Dans la main du diable, Anne-Marie Garat affiche un extraordinaire talent de feuilletoniste exigeante et offre aux lecteurs un nouveau personnage emblématique de la littérature populaire, Gabrielle Demachy.
Bigger than life comme disent les anglo-saxons. Et pourtant, Dans la main du diable est bien un roman français d’une espèce rare depuis que la mode en a été abandonnée à la fin du XIXe siècle. C’est d’ailleurs peut-être la raison qui a poussé Anne-Marie Garat à régler sa machine à remonter le temps sur 1913, au cours des mois qui ont précédé la grande déflagration mondiale qui allait faire basculer, plus sûrement que le calendrier, le vieux monde dans une modernité de sang et d’acier.
Ne craignant pas les grands espaces, elle se choisit, avec la Hongrie, la Birmanie, l’Italie et la France, un terrain de jeu à la hauteur de son souffle (impressionnant) et de son imagination (enthousiasmante). Elle ajoute sans lésiner tous les ingrédients indispensables pour tenir en haleine son lecteur (amour, espionnage, politique, recherche scientifique...). Puis elle introduit sa touche personnelle : un vrai talent de conteuse doublé d’un style qui refuse la facilité de la narration échevelée.
Alors on s’arme de cette patience qui convient si bien aux plaisirs que l’on veut faire durer. On se réjouit des presque 1300 pages d’une fresque qui nous envahit, nous imprègne. On se délecte à côtoyer chaque jour de magnifiques personnages dont on devient les familiers. On voyage, on a peur, on espionne, on enquête avec eux...
On essaie de savoir si Endre Luckacz, dont on est sans nouvelle depuis des années est bien mort à Rangoon comme l’affirment les autorités militaires françaises. On essaie de découvrir ce qu’il faisait là-bas et de quoi il est mort. On se méfie du mystérieux Terrier, à la fois si obligeant et si menaçant. On entre au service de la famille Galay pour tenter d’en savoir plus sur les recherches scientifiques du fils de famille qui était à Rangoon en même temps que Endre... De péripéties en rebondissements, de découvertes en révélations, de rencontres en attachements on vibre et on remercie Anne-Marie Garat du plaisir infini qu’elle nous procure !
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 15/09/2008