Tom Zé a complètement été oublié par ses pairs dans les années 80. Véritable chantre du tropicalisme (cf. Tropicália - A Brazilian Revolution In Sound), le musicien s’est évanoui peu de temps après ses différents coups d’éclat des années 70 au point de devenir mécanicien chez son frère. Heureusement David Byrne est passé par là pour redonner l’envie au Brésilien de ne pas tout abandonner sur l’autel de la mécanique automobile.
Le nouveau millénaire revoit donc la résurrection de ce génie, avec l’apparition coup sur coup de nouvelles œuvres du maître. Estudando o Pagode paru en 2005, pourraît bien même être le haut du panier de la carrière de ce sémillant septuagénaire. Ce petit bijou fut d’ailleurs présenté devant un public des Eurockéennes complètement éberlué par la fraîcheur et la folie du monsieur, éclipsant presque aussitôt d’autres musiciens ayant quasi 40 ans d’écart avec Zé. Quoi qu’il en soit, Estudando o Pagode est une des plus belles réussites de l’artiste, où toute sa folie et sa verve dégoulinent dans un concept album célébrant la femme au sens le plus large du terme.
Mais ce qui nous réuni ici aujourd’hui est une œuvre un peu à part dans la carrière de Tom Zé. Pour son nouvel album, le brésilien nous invite à revivre six révoltes participant à la construction de son pays. Mais fait nouveau dans la carrière du musicien, ce ne sont pas des chansons à proprement parlé qui illustrent son propos, mais des pièces instrumentales délirantes faisant intervenir des parties chantées non moins délirantes sans qu’il n’y ait la moindre parole.
Si des signes de folie étaient déjà perceptibles sur les travaux antérieurs de l’artiste, il n’y a aucun doute aujourd’hui, Zé est totalement frappé. Se lâchant encore plus que d’habitude, on sent qu’il s’est bien amusé dans l’exercice de l’expérimentation sonore au point de laisser parfois l’auditeur en bordure de route. Sorte de parenthèse dans la longue carrière de l’illuminé, ces sept pièces renvoient immanquablement à ses travaux les plus récents mais avec une bonne dose de sophistication en plus. Même si elles ne s’éloignent jamais trop loin de la mélodie et d’un groove typiquement brésilien, ces nouvelles compositions sont agrémentées d’une ribambelle de petites trouvailles sonores farfelues concoctées par le maître qui donnent à cette demi-heure de musique un accent des plus contemporain. Sur le terrain de l’innovation, on ne peut que féliciter Zé de tenter de faire bouger les choses. Tout juste peut-on regretter le caractère légèrement inabouti de la chose.
Ce Danç-Eh-Sa s’adresse donc plus aux amateurs du Brésilien. Pour les néophytes, mieux vaut se précipiter urgemment sur Estudando o Pagode, Todos-os-olhos, ou encore Se o caso chorar. Vous avez le choix !