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Mercredi 23 Mai 2012Musique

 DISQUE D'OR

DISQUE D'OR

Eric LA BLANCHE

(LMD - 2006)

Et ta critique ?




La Blanche sort son deuxième album : Disque d’or. Un album dandyfié avec élégance qui ne mérite qu’à trouver des oreilles. Une jolie réussite à découvrir.

L’album, avec comme épigraphe : " Comme ça on est sûr d’avoir un disque d’or une fois dans notre vie ", a mis plus de deux ans à sortir à cause d’événements aussi invraisemblables que dramatiques. Mais le voilà, mixé par Laurent Guéneau et Gil Martin. Avec un timbre dans les graves qui se promène sur des mélodies variées entre ton charmeur et amuseur, un brin égocentrique et ironique, entre parlé et chanté, La Blanche séduit.

Disque d’or s’ouvre sur Le Bocal de La Blanche, poisson-homme-rêveur emprisonné dans un monde limité et matériel. Il y a bien les envolées du violoncelle de Mademoiselle Murer et celles de la guitare électrique de Gil Husson et de christophe Blanchet pour faire voler le poisson dans l’immensité du ciel et rompre la glace du bocal, mais le désespoir semble l’emporter et la seule issue du grand saut dans le vide reste les dalles de la terrasse, pour une noyade dans une flaque d’eau… Idée noire d’une vie à tourner en rond dans son bocal…

Alors, à défaut de bocal, l’échappatoire de l’alcool festif devient une alternative comme une autre. Préférant, le cancer hépatique à celui du sens critique provoqué par la télé-boîte-à-con, les seins blancs des filles aux repas en famille (sans blagues...), La Blanche nous emmène dans un univers de boîte de nuit. Harmoniques de guitare en intro puis guitare électrique rock sur rythme entraînant, Alcoolique, sample électro en fond, fait entendre efficacement les dédales de l’alcool dansant, " si la vie était moins comique, je ne serai pas alcoolique ", l’altération du corps par l’altération des mots " je bois un n’importe quoi tonique ", " si le monde était plus différent je boirais moins beaucoup souvent " voix de femmes envoûtantes et lascives en stéréo…

C’est logiquement que l’album enchaîne sur Tout est parfait, un morceau pour le dance-floor des boîtes de nuit, banjo en incipit, beat accéléré, contre-chant de filles, violoncelle qui sample du classique, slap de basse à volonté, sur une voix posée presque parlée qui happe et se joue des codes des 80’s.

Sur un fond de guitare électrique solitaire, tempo lent, La Mienne, dresse en autodérision l’autoportrait d’un priape capricieux. Un morceau a gardé dans les annales, si j’ose dire, proche de l’univers de Stella (la parodie kitsch-piano-Bontempi en moins) avec un ton de crooner parfaitement assumé qui fait de ce morceau un titre plus qu’amusant, petite voix et piano électrique en touche sonore. Une classe décalée qui fait mouche. La Mort à Johnny nous décrit à la guitare électro-acoustique les problèmes de communication d’un couple sur fond d’enterrement de Hallyday, prétexte d'une journée plus que longue…

Mais si le début de l’album est volontiers léger et humoristique les morceaux de la deuxième partie font entendre des titres plus contemplatifs et poétiques sur des rythmes répétitifs comme dans Allongé dans un pré en Automne, ou la futilité gêne toujours autant… Je suis une Maison Close met bien du rose dans le gris du quotidien, avec des samples décalés, dissonances de violoncelle à l’appui. Mais rapidement, les sonorités virent à l’angoissant et à la noirceur d’une humanité silencieuse pour finir dans la colère d'une guitare électrique et d'une phrase : " peut-être je te parlerai "… Les Animaux fait le portrait d’un bestiaire humain, entre homme-mouton, homme-cochon, homme-loup et hommes petits-soldats qui suivent le groupe ou des instincts primaires. Le morceau commence sur un rythme à guitare sèche et finit sur un rythme à contre temps entraînant.

Quant à La Croisée, dernier titre, c’est durant 7 minutes, avec un violoncelle dissonant et la contrebasse de Imbert Imbert que nous naviguons dans un bar de nuit La Croisée, lieu de rencontre et de guigne. Une espèce de taverne où La Blanche prend des allures de Faust succombant au jeu et à la luxure. En panne d’argent, celui-ci entreprend de vendre son âme à la lune. C’est Callipyge de noire vêtue qui apparaît. Le diable est une femme polygame. La Blanche est prêt à vendre son corps, mais radin, le femme-diable décidera de laisser le gigolo solitaire… Marchander son âme comme un tapis… Trouble dérision du vivant…

La Blanche a ce talent de décaler les sujets avec simplicité et humour sur des rythmes énergiques. Un gigolo du texte en somme. Les mélodies du groupe sont entraînantes et font souvent mouche. Une voix charmeuse et des textes à découvrir sur scène ou en cd ! A suivre...


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 25/06/2007