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Mercredi 23 Mai 2012Musique

 Cuckooland

Cuckooland

Robert WYATT

(Hannibal/Rykodisc - 2003)

Et ta critique ?




Sorti en 2003, cet album qui se mérite nous transporte avec générosité dans un univers musical subtilement jazzy .




Drôle d’oiseau que ce coucou, qui va pondre dans le nid d’autrui et puis s’en va. Le petit quand il naîtra balancera les autres par-dessus bord et se laissera nourrir par ses hôtes dupés avant de prendre à son tour son envol pour une vie solitaire et égoïste. Ainsi, et on n’y peut pas grand-chose, le coucou de base n’en a rien à faire des autres et ne connaît jamais ni père, ni mère, ni baby blues...

Comme beaucoup des habitants de notre Cuckooland, finalement. D’ailleurs, être cuckoo en anglais, ça veut dire qu’on est silly... Cuckooland, pays de dingues ou royaume des coucous, c’est pareil.

"On donne au coucou le nom de vieillard parce qu’il a sous la gorge une espèce de duvet blanc" (Buffon - Histoire naturelle).

Robert Wyatt a l’allure d’un vieillard. Avec sa longue barbe blanche qu'il porte depuis depuis un bail, on dirait Saint-Pierre. Il n'a pourtant que 65 ans à ce jour. Mais plus de la moitié cloué en chaise roulante. Depuis cette fête, en 1973, au cours de laquelle notre coucou-casse-cou, sûrement sous l’emprise de quelque chose de pas catholique, a essayé de s’envoler en sautant d’une fenêtre.

Le batteur-chanteur du groupe Soft Machine (puis de sa déclinaison Matching Mole) perdra dans cette expérience l’usage du bas du corps ainsi que la possibilité de jouer de la batterie, à jamais. Drame qu’il surmonta avec l’amour et le soutien de sa compagne, l’artiste Alfreda Benge, et qui donna lieu, dès 1974, à un bouleversant "Rock bottom" (le fond du fond !), premier disque solo d’une série régulière (tous les six ans à peu près) d’œuvres habitées, inclassables, emmenées par un timbre fragile et bouleversant d’oiseau blessé.

Pour pouvoir relayer sa voix, qui ne grimpe plus aussi haut qu’avant, Robert Wyatt a ressorti sa trompette. Omniprésent sur Cuckooland, l’instrument donne à l’ensemble du disque un cachet parfaitement original et y imprime de façon très ferme les influences jazz chères à l’artiste. Certains morceaux sont de véritables hommages au tempo jazz des années 50, rue de la Huchette, Juliette Gréco, Miles Davis... Mais toujours finement suggéré et non lourdement asséné.

Le reste est comme d’habitude impossible à décrire. Envoûtant et troublant. Attachant et profond. On reste stupéfait devant des choix harmoniques extrêmement étonnants, à la fois délicats et inquiétants, comme une porte entr’ouverte sur le Paradis d’où s’échapperait quelque chose d’attirant et d’angoissant à la fois.

Une expérience ardue qui demandera la persévérance de nombreuses écoutes pour s’ouvrir à vous.

Le voyage vaut la peine... mais il doit se mériter.



Et comme je n'ai rien trouvé comme video liée à cet album, je ne peux résister à vous faire partager celle ci : "Sea Song" (une des chansons les plus belles et les plus poignantes de la pop music, figurant dans le "Rock Bottom" ci dessus évoqué ) reprise en 2006, en formation jazz par notre barbu . Exceptionnel.



Roland Caduf

© Etat-critique.com - 09/05/2010