Invitez vous dans ce Cristal Ballroom fréquenté par des drôles de personnages. Le gérant, Babx, se rend avec un disque, indispensable.
Un piano navigue à vue. Des cuivres apparaissent à l’horizon. Une voix usée se demande si elle n’est pas pathétique. Cela fait penser aux difficiles petits matins et à ces moments de clairvoyance après une fête bien arrosée.
Il s’agit en tout cas de la très belle première chanson de l’album "Cristal Ballroom". La suite confirme les très bonnes dispositions de ce chanteur français : il invite Hendrix sur Electrochocs Ladyland dans un cirque musical qui n’aurait pas déplu à Tom Waits.
Rapidement les références se multiplient et le jeune homme tient largement la comparaison. On utilise souvent le mot révélation en matière de musique, mais là, c’est largement mérité : "Cristal Ballroom " est un disque qui se rend en une seule écoute, indispensable.
Très vite son univers s’apparente à un cabaret faussement nonchalant et dégage un goût pour la décadence joliment maîtrisée. En quelques notes, il fabrique un monde hypnotique peuplé de somnambules et de joyeux doux dingues.
Il n’a pas peur de la décadence et son imitation de Tom Waits sur Mourir au Japon fait plaisir. Il aime les dissonances et les orchestrations atypiques. Il écrit pour Julien Doré et il noircit un peu cette tendance des chanteurs français pour les univers décalés et mélancoliques.
Ici, il y a un vrai spleen mais il n’empêche jamais Babx (de son vrai nom David Babin) de s’exprimer avec des chansons malicieuses et sensuelles. On se plaît à se perdre dans des compositions qui donnent l’impression d’être écrites au petit matin.
L’aube donne une couleur étrange et subtile à ce second album qui confirme un talent brut. "Cristal Ballroom" s’écoute toute la journée et se consomme sans modération. Pas sûr que l’on y danse, mais on y reste avec un rare plaisir.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 25/09/2009