Sophia Aram présente son deuxième spectacle, Crise de foi, au théâtre Trévise, jusqu’à début janvier. Juste, pertinent, dérangeant mais jamais méchant, c’est un vrai moment d’humour. A déconseiller aux croyants susceptibles et à tous ceux qui ne savent pas rire.
A quoi reconnaît-on un bon comédien ? Dès les premières secondes , il sait installer une ambiance, quelque chose qui n’appartient qu’à lui. Sa petite touche d’humour, en somme. Ici, dès le début, on est convaincu, emporté dans des éclats de rire qui ne s’arrêtent qu’au bout d’une heure et demie. Car Sophia Aram vous met dans l’ambiance : de la burqua à la nonne en passant par un léger clin d’œil à Rabbi Jacob, la jeune comédienne pose un regard juste et distancé sur les travers des trois religions monothéistes, et de ce Dieu qui est bien trop souvent notre maître.
Au point que nous en arrivons à croire des inepties. Savez-vous par exemple que 44 % des Américains estiment que les thèses créationnistes sont plausibles ? Enfin, on est en 2010 et Darwin est passé par là. Eh bien, non. Il se trouve encore des gens pour croire qu’Ève est sortie de la côte d’Adam il ya 6500 ans et que juste avant, en sept jours, Dieu a créé la Terre ! Tous les grands scientifiques du monde moderne n’y feront rien, c’est encore bien imprégné dans la conscience collective.
Heureusement, il existe des gens qui remettent un peu tout ça à plat. Comme nous rappelle si bien Sophia : « où étaient donc les dinosaures, il y a des millions d’années ? Et que broutaient-ils si Dieu n’a créé l’herbe que bien plus tard » ?
Outre ce talent pour rappeler quelques vérités, la jeune femme possède l’art des grands comédiens : savoir camper un personnage. Croyez-moi : avoir UN personnage, visible immédiatement par le public, concret, présent, qui rappelle quelqu’un à chacun des spectateurs, ce n’est pas chose aisée. Eh bien, c’est le cas de la tante Fatiha. Une sacrée bonne femme qui, pour être bien certaine d’être pardonnée de tous ses péchés, opte pour les trois religions à la fois. Forcément, ça entraîne désordre et confusion, comme le jour où elle finit par faire tuer une dinde pour l’Aïd !
Ah, j’oubliais la maman juive…Elle a dû en observer un sacré nombre pour arriver à cette justesse de ton-là !
Outre cette drôle et jolie leçon de tolérance, (précisons qu’elle veille à ne pas offenser les croyants) le spectacle de Sophia Aram est un modèle de courage. Car, opter pour l’apostasie, se dire athée quand on est d’origine musulmane, ça ne se fait pas vraiment. Mais la jeune femme n’en a cure. C’est repousser le politiquement et l’intellectuellement correct qui l’intéresse. Déjà, avec son premier spectacle, Du plomb dans la tête, elle bousculait une institution : l’Éducation nationale. Pardon, deux institutions : j’avais oublié la Famille. Et ces parents d’aujourd’hui qui croient tous avoir engendré des génies. Ça ne vous dit rien, vous êtes sûrs ?
Ici, dans ce deuxième spectacle, peu à peu, derrière les rires, on s’aperçoit que la religion divise et pourtant peut rapprocher lorsqu’elle devient amour. Mais pas de Dieu, de l’autre. Le mari de Sophia est issu d’une autre religion, ils ont choisi un prénom différent pour leur fils : une manière de prouver que nous ne sommes ni sujets ni valets de Dieu, mais maîtres de nous –mêmes.
Et s’il fallait retenir une phrase, une seule, de ce spectacle au demeurant très bien écrit, ce serait celle-ci : « Il vaut mieux être athée que de mauvaise foi ».
(Retrouvez Sophia Aram sur France Inter dans l’émission de Stéphane Bern, Le fou du Roi, une fois par semaine.)
Marie Léon
© Etat-critique.com - 16/11/2010