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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Crime d'amour

Crime d'amour

Alain CORNEAU

Avec Kristin Scott Thomas, Ludivine Sagnier, Patrick Mille et Gerald Laroche - UGC - 18 aout 2010 - 1h45

Et ta critique ?




Commençant avec brio par l’affrontement trouble et brutal de deux femmes incarnées par deux grandes actrices, le dernier film d’Alain Corneau bascule ensuite dans le polar de bonne facture mais un peu convenu.


On ne sait si cet amour criminogène auquel le titre fait référence est celui, quasiment masochiste, d’Isabelle (Ludivine Sagnier) pour sa patronne, Christine (Kristin Scott Thomas) ou bien celui de cette dernière pour le pouvoir.

Christine est directrice de la filiale française d’une grosse multinationale et lorgne avec avidité sur un poste au siège de la société, de l’autre côté de l’Atlantique. Isabelle est l’adjointe idéale : discrète, travailleuse, dévouée, douée pour son métier, elle est capable d’intuitions brillantes dont elle fait largement profiter sa supérieure.

Celle-ci a tout d’un requin habillé en prada. Impitoyable, dévorée d’ambition, elle utilise sans scrupule l’attraction trouble qu’elle exerce sur sa seconde, tour à tour maternelle, aguicheuse, bonne copine, autocrate ou mentor.

Jusqu’au jour où la tâcheronne de l’ombre, décillée par son assistant, décide de revendiquer sa part de lumière. Dès lors, sa patronne va lui livrer une guerre impitoyable : coups bas, humiliation publique, chantage affectif, menaces,... Christine va jusqu’à  manipuler l’amant d’Isabelle pour mieux écraser sa rivale montante.

Entre les deux femmes, la tension est telle que le sang finit par couler. La seconde partie du film est consacrée à détailler, à rebours, comment la meurtrière a réussi à construire un crime parfait.

Crime d’amour marque avant tout par le combat violent que se livrent ces deux femmes durant toute la première moitié du film. L’affrontement est magistralement interprété par les deux comédiennes qui installent entre leur deux personnages des relations complexes, mouvantes, ambiguës et brutales.

Cette première partie est aussi intéressante par les idées qu’elle véhicule. Un certain renversement des valeurs, par la mise en scène de deux femmes au sommet du pouvoir économique, dont la féminité est évidente mais qui font preuve d’une pugnacité qu’on a davantage l’habitude d’associer à une bonne dose de testostérone ; l’utilisation dans leur affrontement d’un homme-objet falot bien que décoratif (l’excellent Patrick Mille, qu’on croirait tout droit sorti d’un clip de campagne des Jeunes Populaires), renforce cette impression de paradoxe.

On ne peut s’empêcher de penser à American Psycho (en moins cru, cependant) dans cette peinture du monde des affaires qui montre comment les managers, les seigneurs des tours de la Défense, sous leurs costumes de marque et leur brushing impeccable, sont les plus féroces des animaux engendrés par notre société : la prude Isabelle à la coiffure de Sainte-Nitouche dévoile une libido volcanique et une rage destructrice tandis que la férocité, la mesquinerie et l’absence de scrupules de Christine évoquent davantage Les dents de la mer qu’à la recherche de Nemo.

La seconde moitié du film, si elle n’a rien d’honteux, est par comparaison plus faible. Le scénario continue à tenir le spectateur en haleine, mais d’un affrontement titanesque entre deux monstres, on passe à un polar de facture classique, astucieux, bien sûr, mais peu original... Bref, il manque à ce film un deuxième souffle.

La conclusion du film ne manque cependant pas d’ironie : Alain Corneau montre que les qualités d’un bon manager, organisation, planification, audace, sens de la communication, persévérance, sont aussi celles qui font les meilleurs assassins.

Malgré une seconde partie un peu décevante, Crime d’amour est un film plein de qualités, tant par son propos original sous une forme classique que par la qualité de ses deux interprètes principales. Une sortie de scène plus qu’honorable pour Alain Corneau.


Jean François Seignol

© Etat-critique.com - 07/09/2010