RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Mercredi 23 Mai 2012Livre

 Couleur de Nuage

Couleur de Nuage

Zikai FENG

Editions Gallimard, collection Bleu de Chine - PARIS 2010 -Traduit du chinois par Marie LAUREILLARD-WENDLAND

Et ta critique ?




Tirés de quatre ouvrages distincts parus du vivant de Feng Zikai et enrichis de dessins de l’auteur sélectionnés par la traductrice, les textes courts présentés ici ont été écrits dans les années 1930 et 1940.


Certains ont été d’abord publiés dans des revues. Leur forme courte est celle du récit intime, plus proche du tableau que de l’intrigue filée. Par petites touches, le peintre y ré-enchante le quotidien.

L’écriture autobiographique de Feng Zikai consiste en de courts exercices d’observation, à commencer, dans le premier texte, par l’observation de soi, et des effets sur son humeur du temps qui passe. L’auteur observe ensuite sa famille, ses amis, dessine leurs personnalités souvent révélées par les gestes les plus anodins. Où il est aussi bien question des aventures d’un chrysanthème, des jeux d’enfants, des libations amicales, de l’image de la mère, de la dégustation des graines de pastèques (un des textes les plus drôles et les plus inattendus), des voyages en train ou du bouddhisme, que des bombardements aériens.

Car la Chine qui sert de cadre aux récits, pour essentiellement provinciale qu’elle soit, n’échappe pas au contexte historique. C’est un peu la Chine de Tintin et le Lotus bleu (publié du 9 août 1934 au 17 octobre 1935 dans les pages du Petit Vingtième), envahie par les hommes d’affaires, les diplomates européens et les soldats japonais, mais vue par les yeux d’un chinois qui pourrait être le frère aîné de Tchang, un enfant de Shanghai frotté d’occident.

Est-ce d’ailleurs parce qu’il a délaissé la langue classique des lettrés au profit d’une langue moderne que Feng Zikai se laisse entendre si facilement par un lecteur étranger ? est-ce par le charme de ses dessins, si universels ? Le temps qui nous sépare de ces récits semble de loin plus important que l’espace ou la culture, et le lecteur français a l’impression de lire des souvenirs communs du monde des aïeux, qu’il aurait pu connaître aussi bien que celui des routes bordées de platanes et des billets de train de troisième classe.

D’ailleurs, on boit plus de vin que de bière, ou de thé, dans ces pages. Et certaines descriptions pourraient être du sud ouest de la France aussi bien que du sud ouest de la Chine : « Dans ma demeure, une tonnelle de vigne ombrage la cour en été en teintant de vert tous ceux qui s’en approchent. » (page 113).

Cette proximité, ce confort de lecture qui font si souvent défaut aux traductions des grands textes chinois, nous permettent d’apprécier la poésie lucide de Feng Zikai aussi pleinement que celle d’un Henri Calet. Car il s’agit bien de poésie, même si elle ne s’affiche pas comme telle. Feng Zikai, jamais dupe de la sensiblerie des poètes professionnels, entoure d’une ironie prudente et pudique l’expression de ses propres épanchements, il avertit son lecteur : « Quel thème raffiné que celui du regret du printemps ! » (page 63) ou s’amuse lui-même plus d’une fois de son goût connu, et sans doute moqué, pour les saules pleureurs.

Plus connu pour ses dessins que pour ses textes, Feng Zikai est peu traduit en français. Il faut donc remercier ici, en guise de conclusion, l’éditeur qui a pris le risque de nous offrir un livre aux antipodes de l’actualité éditoriale sur la Chine, pour le plus grand plaisir de ceux qui goûtent la sagesse des peintres.


Philippe B.Muller

© Etat-critique.com - 19/02/2011