RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Mercredi 23 Mai 2012Musique

 Corazón & Hueso

Corazón & Hueso

. MELINGO

(World Village/Harmonia Mundi - 2011)

Et ta critique ?




L’ex-rocker argentin reconverti au tango célèbre la musique et les poètes des quartiers populaires de Buenos Aires. Entre Tom Waits et Carlos Gardel, un album sublime et envoûtant.


Quand on voit Melingo, quand on entend sa voix de basse éraillée se poser sur le velours d’un orchestre de tango avec bandonéon, contrebasse et violons, on se dit qu’il était fait pour ça.

Né à Buenos Aires, clarinettiste de formation, exilé au Brésil du temps de la dictature , il a fait ses classes auprès de Milton Nascimento avant de réapparaître en Argentine puis en Espagne dans divers groupes rock comme Los Abuelos de la Nada ou Lions in Love.
Depuis 1997, rentré définitivement au pays, il se consacre pleinement au tango, animant un temps une émission de télé où il invite des rockers à interpréter la musique populaire argentine. Corazón & Hueso est son cinquième album solo dans cette veine, trois ans après Maldito Tango qui l’a fait connaître en Europe.

Melingo, sorte de Tom Waits de Buenos Aires (même galure, même silhouette, même voix patinée) compose toutes les musiques de l’album, alternant tango, valses, milongas et autres canciónes, dans un registre cette fois-ci très traditionnel.
Ce n’est pas vraiment le tango politiquement correct des salons de danse qu’il nous sert, mais celui des faubourgs, des mauvais garçons et des poètes sans le sou. Les textes, souvent écrits en lunfardo, l’argot des quartiers populaires de la capitale, sont pour la plupart adaptés de poèmes argentins ou espagnols.

Démarrant par El Dia que te fuiste, une complainte d’amour noyée dans l’alcool (« Du fin fond de mon verre ton regard revient vers moi »), Melingo enchaîne avec une superbe trilogie signée Luis Alposta, le poète du tango, consacrée aux gangsters et à la prison : La Novia (« La Fiancée »), histoire d’un jeune prisonnier qui, frais et blanc de teint, devient la favorite de tous les taulards « qui courent derrière comme des chiens se ruent sur l’os » ; un sonnet à « un voyou qui n’a jamais lu Borges » et qui soumis à la loi de la rue, « remplace le courage par la drogue » et périt par le feu ; puis l’histoire d’un tatouage qui rappelle au taulard son indélébile condition.

Insouciant, Melingo passe de la série noire à un autre tryptique, plus enfantin, de berceuses et de fables dédiées à son fils. La fin de l’album nous réserve une magnifique adaptation de Garcia Lorca (El Paso de la Siguiryia), un tango noir et expérimental où il joue de la clarinette, du vocoder et de l’harmonica (Lucio El Anarquista), avant de nous quitter avec le refrain pop lancinant du morceau-titre et de refermer la porte sur Ritos en la sombra, évocation d’une nuit qui tombe, « lourde, pleine de menaces ». A la manière de Bashung, Melingo s’approprie totalement tous ces auteurs, les intègre à son univers et les met superbement en musique et en bouche.
Son retour aux sources et aux racines s’est avéré gagnant. Un détour par l’Argentine s’impose donc pour découvrir une des perles de cette année 2011.

En concert, le gaillard a du panache et un talent d’acteur-né, comme le prouve cette superbe « soirée de poche » (Arte/La Blogothèque).


Merci à Honorio Barranco du groupe Gent del Desert pour son aide dans la traduction des paroles.




Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 09/01/2012