Malgré la crédibilité de son auteur, ce polar français au service de son acteur principal, renvoie aux bons vieux films douteux qui ont conclu la carrière de Charles Bronson.
Un flic taciturne est le malheureux père d’une petite victime d’un odieux pédophile. Le coupable est arrêté et jugé. La douleur hante encore le couple endeuillé et le flic sombre dans l’alcool. Quelques années plus tard, il reçoit une lettre de l’assassin qui se dit innocent. Le doute s’installe.
Ancien policier, Franck Mancuso a écrit 36 Quai des Orfèvres et il apporte de la véracité à son sujet. Le film semble vraisemblable. Les acteurs se promènent de tristes décors de bureaux de flics et parlent très bien le « policier » : proc’, pointeurs, baveux etc. Voilà de jolis termes imagés qui rendent l’œuvre fiable.
Pourtant Mancuso gomme l’aspect policier de son film. Le spectateur est mis à l’écart de l’enquête au début du film et devine difficilement les efforts du héros à prouver l’innocence de l’accusé. Le réalisateur suit plutôt le déclin d’un policier, perdu entre la douleur et la vengeance.
Là, il est permis d’avoir quelques réserves sur la morale du film. La dose de pathos est trop grande pour un personnage qui finalement se limite à une vendetta. La vengeance est un plat qui se mange froid et surtout qui se révèle très difficile à cuisiner au cinéma. Maladroit, Mancuso rappelle les œuvres de Jack Lee Thompson avec Charles Bronson comme la série des Un justicier dans la ville.
Il aurait fallu une mise en scène plus réfléchie et moins conventionnelle. Contre enquête illustre platement, jusqu’à l’ennui (le film est court mais qu’est ce qu’il est long), un polar qui aurait sûrement eu sa place à la télévision. Mais il faut reconnaître que sa star fait tout pour être crédible. Sérieux, Jean Dujardin assure dans le registre dramatique, aidé par des seconds rôles patibulaires. Mais le goût amer de la morale atténue la performance et l’efficacité.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 07/03/2007