Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary, aurait surement plû à Borges, car il s’agit d’une variation virtuose autour de l’œuvre de Flaubert et de ses personages. Ils sont redessinés par Philippe Doumenc et acquièrent une nouvelle existence.
L’auteur de ce roman ne fait pas partie des petits maîtres qui publient chaque année de peur d’être oubliés. Né en 1934 , il n’a publié à ce jour que 3 romans, celui-ci étant son quatrième. Son premier roman Les comptoirs du Sud, publié en 1989, lui avait valu le prix Renaudot.
Doumenc a relu Madame Bovary et cela lui a donné envie d’écrire sa version de l’histoire. Le roman commence au moment où Emma agonise après avoir ingéré de l’arsenic. Elle confesse à un médecin, le docteur Larivière de Rouen qu’elle ne s’est pas suicidée mais qu’elle a été assassinée.
Une enquête est dilignenté et deux hommes, le vieux Delévoye et le jeune Remy, partent enquêter à Yonville où la jeune femme est décédée. Les deux hommes vont soulever quelques lièvres et même si Delévoye doit retourner à Roeun, Remy continue son enquête.
Qu’il s’agisse du pharmacien Homais, de Rodolphe Boulanger, le noceur ou même de Charles le mari, nombre de personnages aparaissent coupables. Ils auraient pu tuer Emma.
Après avoir piétiné, l’enquête va s’emballler et Philippe Doumenc qui dit n’avoir jamais lu de polar si ce n’est un ou deux Agatha Christie, nous livre un roman policier français de la plus belle eau. Une description au scalpel d’une société engoncée dans le paraître et où l’on étouffe. Une société où les hommes profitent des femmes et les abandonnent lorsqu’elles sont dans la tourmente.
Certes Flaubert avait déjà dressé le décor. Mais Doumenc apporte sa touche personnelle : il nous rappelle combien ces personnages sont jeunes (Emma est morte à 26 ans), il introduit une dimension sexuelle explicite qu’on ne trouvait pas chez Flaubert et il insiste volontiers sur le beauté d’Emma.
En tout cas, le lecteur prend un plaisir certain à se retrouver dans un terrain qui, pour le coup, fait partie de notre identité nationale. Même plaisr de la part de l’auteur qui peint différemment un tableau que l’on croyait connu. Tout cela concourt à un bonheur de lecture certain.
A l’heure où Fréderic Beigbeder sort à grands renforts de trompettes, une oeuvrette dans laquelle, tel un président nouvellement élu, il nous assure qu’il a changé, la modestie et le grand talent de Philippe Doumenc emportent les suffrages de ceux qui aiment le roman, la fiction et la littérature.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 19/06/2007