Confessions d’un barjo est une (bonne) surprise à plusieurs titres. D’abord parce que, de la part de Philip K. Dick, on pourrait s’attendre à un ouvrage de science-fiction et que ça n’est pas le cas.
Et puis, vu le titre du bouquin, et ses premières pages, on croit qu’on accompagnera un mec un peu paumé, franchement minable, et sa bande de potes dans leurs pérégrinations… et c’est en réalité un roman beau et profond qui nous attend.
Jack est un type bizarre. Féru de pseudo sciences, il collectionne méthodiquement et compulsivement des données qu’il consigne dans ses petits carnets. Il s’acharne à noter religieusement le nombre d’œufs pondus par chaque volaille du poulailler ou encore à conserver religieusement des articles de presse sur les extraterrestres et les cités enfouies.
Mais plus que de Jack, c’est sa sœur Fay qui est au centre de l’histoire ; elle et ses relations avec les hommes de son entourage.
Ils ne la comprennent pas et surtout ils n’acceptent pas qu’une femme agisse comme elle l’entend et non comme ils le voudraient. Car dans les Etats-Unis des années 50-60, une femme libre est forcément une femme manipulatrice.
"Et l’ennui, se rendait-il compte, c’est qu’à partir du moment où (…) vous cherchez des indices prouvant qu’on se sert de vous, vous en trouvez partout. La paranoïa. Si elle te demande de la conduire à Petaluma pour prendre un sac de cinquante kilos de nourriture pour les canards, qu’elle ne peut manifestement pas soulever toute seule, est-ce là un signe que tu n’es plus un homme, un être humain, mais simplement une machine capable d’empoigner cinquante kilos pour les hisser à l’arrière de la voiture ?"
Confessions d’un barjo est au final un roman très intéressant sur les rapports humains, sur les (mauvaises) intensions que l’on prête à l’autre et qui pourrissent la relation.
C’est aussi un très bel exercice d’écriture puisque Philip K. Dick crée un univers mental propre à chacun des personnages. Il utilise des styles très différents pour mieux restituer l’état d’esprit des narrateurs successifs et raconter "de l’intérieur" leur version des choses.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 11/03/2007