Le début d’une histoire d’amour entre une ville, Paris, et une artiste, Melody Gardot.
Mercredi 13 mai. Il est un peu plus de 21 heures, à l’Alhambra et le public piaffe d’impatience, tape dans ses mains. C’est à ce moment que Melody Gardot se faufile sur scène, des jambes interminables dans un fuseau noir, un chemisier de la même couleur et un béret à la Rickie Lee Jones. Elle pose sa canne contre un ampli, se tient bien droite et nous annonce que ce soir, c’est la première fois qu’elle se sépare de sa canne, en entrant sur scène.
Elle entame alors un blues a capella et un frisson collectif saisit la salle. On pense alors assister à un moment d’anthologie. Tout le concert sera du même acabit, émotion, chair de poule et beauté.
Melody Gardot, même si elle fait preuve d’un métier et d’un goût sans tache, est encore jeune et fraiche dans le métier. Pour elle, il est important de communiquer avec le public. Et, en effet, entre communion et rigolades communes, l’échange a lieu. Melody demande à Monsieur Sarkozy de lui donner un permis de séjour, parce qu’elle est tombée amoureuse de Paris. Melody blague sur Bardot et Melody Nelson.
Et comme elle nous annonce qu’elle aime la spontanéité, elle le prouve en invitant sur scène une correspondante qui a illustré sur Youtube une de ses chansons. Christelle se retrouve ainsi sur scène et joue de fort belle manière de l’harmonica.
Un groupe compact enchâsse la voix de Melody dans un écrin : contrebasse, batterie légère, vibraphone, trompette et saxophone sont soutenus le temps de quelques titres par une violoncelliste. Le son oscille entre Miles Davis de la nouvelle vague et le jazz cool d’un Gerry Mulligan ou d’un Chet Baker. Sur les versions de My one and only thrill, la chanson se déploie jusqu’à des trésors d’intensité.
Quand Melody fait une reprise, Ain’t no sunshine, Caravan ou Over the rainbow, la reprise est comme ensorcelée par la captation qu’en fait la fine équipe.
Il est difficile, ce soir-là de ne pas tomber éperdument amoureux de ce brin de femme qui est le charme et l’humour incarnés. Il est difficile, les jours suivants, de ne pas se remémorer le concert, en ayant le sourire aux lèvres.
Vous connaissez le lait concentré en tube, eh bien ce concert, c’était du bonheur auditif en tubes.