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Mardi 22 Mai 2012Art-scène

 Comment parler des arts premiers aux enfants

Comment parler des arts premiers aux enfants

Isabelle GLORIEUX-DESOUCHE

175 pages Le Baron perché (2006)

Et ta critique ?




Vous voulez aborder avec vos enfants les arts premiers mais vous ne savez pas comment vous y prendre?


Les arts premiers vous échappent ? Ce livre pour les enfants destiné aux adultes est pour vous ! Il aurait pu s’appeler Les arts premiers pour les nuls. Il s’appelle tout simplement Comment parler des arts premiers aux enfants.

Qu’est-ce qu’un ethnologue ? Art premier ? Art primitif ? Art nègre ? Art ethnique ? Art non européen ? Est-ce de l’art ancien ? Art ou artisanat ? N’est-il pas indécent d’exposer dans les musées des objets rituels qui ne devraient pas être vus ? Une sculpture achetée lors d’un voyage touristique est-elle un objet d’art ? Comment savoir si elle est fausse ? Voici quelques-unes des nombreuses questions abordées par ce livre de 176 pages édité par les éditions du Baron perché.

Le livre forcément pédagogique propose très habilement d’aborder avec nous 30 œuvres réparties sur  les quatre continents Afrique (10), Amériques (9), Asie (6) et Océanie (5). Parmi ces œuvres, des choix très pertinents avec les limites inévitables propres à ce genre d’ouvrage : impossible de représenter toute la diversité artistique de chaque continent !



Parmi ces œuvres : un masque Yup’ik, le célèbre masque à transformation kwakwaka’wakw, un pectoral aztèque-mixtèque, une tête olmèque, une tête mundurucu, un couple Dogon, un appui-tête mbala, le fameux chien à double tête kongo (une merveille), une marionnette javanaise d’Hanuman, une armure de type gusoku, une peinture aborigène, une tête emplumée d’Hawaï, un moai de l’île de Pâques…  des incontournables. Il manque à coup sûr quelques instruments de musique qui auraient mérité une analyse. On pense au digeridoo ou aux différents tambours africains qui ont eux aussi tant de choses à raconter… Pour un prochain ouvrage peut-être ?

Quoi qu’il en soit, avec un vocabulaire accessible et une justesse scientifique qui ne tombe pas dans la vulgarisation à outrance, le livre met rapidement les idées au clair pour une première approche, rejetant en force une liste de clichés et de mauvaises pistes régnant dans nos têtes à la manière de Flaubert et de son Dictionnaire des idées reçues. « En Amérique du Sud, les Indiens ne travaillent que la plume. (…) En Amérique du Nord, les Indiens étaient des guerriers nomades scalpant leurs ennemis et se déplaçant à cheval »(…) « L’art d’Afrique se résume aux seuls masques. » « En Afrique seul le bois a été travaillé.(…) En Asie, il n’y a pas d’arts premiers.(…) En Océanie, les hommes sont des cannibales. » « Beaucoup d’objets sont sales et abîmés ! » « On dirait Dark Vador avec des oreilles en plus ! » La brève de comptoir a de l’avenir ! Autre nom de notre ignorance.


On ne peut donc que se féliciter de l’existence de cet ouvrage et du travail entrepris par l’auteur Isabelle Glorieux-Desouche. Elle dépoussière avec conviction et rigueur ces Arts premiers qui nous semblent parfois si loin. Les fiches descriptives réparties selon les continents se lisent avec un réel plaisir. Les photographies sont de très bonne qualité et nous donnent une sérieuse envie de s’en approcher.

Très complet, le livre propose des références en fin d’ouvrage qui permettront aux plus intéressés d’étendre leurs connaissances (encyclopédies, récits ethnographiques et de voyages, essais,  témoignages, romans, contes et légendes, bandes dessinées, carnets de croquis, livres d’art, documentaires) en dissociant la destination adultes ou enfants.

A lire, vous l’avez compris ! Que l’on soit enseignant, animateur, visiteur de musée du dimanche, touriste, amateur d’art éclairé, ou parent en quête d’explications à transmettre aux enfants, nous voilà maintenant décomplexés et prêts à regarder le Musée du Quai Branly de Paris, le Musée des Arts premiers de Marseille et ces civilisations d’un autre œil. Merci à l’auteur et aux éditions du Baron perché. A avoir dans sa bibliothèque.


Lien vers les Musées :
Musée du Quai Branly
British museum
Musée de Marseille (MAAOA)
Musée de Genève
Musée National de Tokyo
Musée Métropolitain de New-York


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 02/02/2009