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Mardi 22 Mai 2012Art-scène

 Colères !

Colères !

François ROLLIN

L'Olympia le 5 mars 2009

Et ta critique ?




Le spectacle de François Rollin perturbé par le représentant de l'Association Française de Sauvegarde !


Quand, après quelques morceaux du pétillant Django Reinhardt et vingt minutes d'un incompréhensible entracte, l'humoriste que nous attendons impatiemment s'apprête enfin à monter sur scène, une voix s'élève dans la salle pour protester.

Monsieur Martineau, Président (auto proclamé?) de l'Association Française de Sauvegarde, se lève pour fustiger l'humour dévoyé qui prétend rire de tout. Emporté par son élan, il monte sur scène pour se livrer à une diatribe de deux heures contre cette société qui marche sur la tête.

Le personnage, campé avec une impressionnante fougue par François Rollin, est un grand redresseur de tort qui voudrait éperdument et de toutes ses forces que le monde aille comme il le voudrait, lui.

Il n'économise pas son énergie, il ne bride pas la colère sincère et débordante qui le submerge lorsqu'il voit des choses intolérables, comme quand un conducteur fait un petit écart à gauche avant de tourner à droite (il est capable de tenir une demi-heure là-dessus dans débander).

Martineau souffre, il ne se remet toujours pas de son plus grand traumatisme: « à l'âge de huit ans, j'ai vu un éléphant manger mon goûter », expérience douloureuse et fondatrice qu'il n'hésite pas à comparer, au 11 septembre pour expliquer la peine et la frustration que cela lui a causé.

Fervent adepte du syllogisme, Martineau aime les raisonnements poussés à l'extrême et surtout à l'absurde. Il imagine systématiquement le plus improbable scénario catastrophe à l'appui de ses démonstrations professorales (le petit écart de 40 cm en voiture sera à coup sûr la cause de la mort d'un enfant !). Et de vous expliquer son point de vue à grand renfort de tableaux et autres schémas.

Martineau critique tout et surtout le rire, cet humour grinçant et décalé, qui voudrait que l'on rie du malheur des gens et qu'il ne trouve décidément pas drôle, car comprenez le bien: « on ne peut pas rire de tout et n'importe quoi » !

Avec un personnage complètement parano et furieux, François Rollin - dont l'élégance, la finesse et la drôlerie ne sont plus à démontrer – réussit à nous faire rire sans discontinuer pendant les deux heures d'un véritable marathon pendant lequel il ne s'accorde aucun répit.

Rollin est un formidable humoriste qui sort des clichés de la vie quotidienne, où se vautrent allègrement ses condisciples (combien de sketchs sur le mec qui rentre bourré chez lui ou sur les différences entre les hommes et les femmes?) pour construire un univers personnel et loufoque. Le tout servi par une écriture ciselée, qui rend indémodables les sketchs de François Rollin.

Epatant !


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 11/03/2009