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Mardi 22 Mai 2012Cinéma

 Coffret Justice

Coffret Justice

Raymond DEPARDON

Arte Video - 3 dvd - 1982, 1995 et 2003

Et ta critique ?




Arte vidéo a eu la bonne idée de regrouper les trois documentaires de Raymond Depardon sur la Justice. A travers ces trois films, réalisés en 1982, 1995 et 2003, le génial photographe nous offre une vision complète du monde judiciaire : de l’arrestation au procès.


Chacun des trois documentaires est unique. Unique parce que Depardon a mis des années à obtenir les autorisations pour tourner dans des lieux interdits aux caméras (cabinet du Procureur, salle d’audience…). Uniques, mais profondément cohérents, comme le démontre ce coffret.

La caméra témoigne. Implacable témoin objectif et muet. Depardon laisse les gens parler, mais reste lui-même en retrait, silencieux. Il se « contente » de l’image, ce qui rend d’autant plus intéressants les bonus dans lesquels l’homme d’images reprend la parole : il revient sur des éléments qui l’ont particulièrement marqués, ou sur lesquels il estime nécessaire de revenir. Il explique également ses parti pris techniques : quelle focale, quel angle, quelle distance… et l’on comprend bien que « se contenter de l’image » nécessite une réflexion et la construction d’un cadre où rien n’est laissé au hasard.

Les trois documentaires restituent les différences d’appréhension du fait judiciaire. Il y a les « professionnels » (policiers, magistrats, délinquants notoires…) et ceux qui subissent leur première confrontation avec la Justice (qu’ils soient victimes ou auteurs de l’infraction) ; or le degré de familiarité avec l’Institution peut créer des décalages dans le dialogue entre la Justice et le justiciable.

Faits divers Depardon accompagne, les agents de Police Secours de son quartier. Un petit commissariat en plein Paris, à deux pas de la place St Michel où il y a des flics gentils, comme celui qui essaie respectueusement de raisonner une mamie qui perd la raison et puis aussi des machos misogynes (scène terrible et ambiguë dans laquelle l’inspecteur n’arrive pas à croire qu’une jeune femme ait pu ne pas consentir à un rapport sexuel).

S’il y a des moments de camaraderie, où les agents discutent du pays, où ils se charrient,  l’on prend surtout conscience de la misère quotidienne à laquelle sont confrontés les policiers : suicide, squats, mendicité, folie et l’on comprend qu’il leur faut être solidaires pour supporter d’assister impuissants à la douleur des autres.

On se rend compte également que les préoccupations des français n’ont guère changé depuis 25 ans : pauvreté, insécurité, immigration…

Délits flagrants Après avoir filmé la vie d’un commissariat, avec son lot quotidien d’arrestations, il était logique que Depardon accompagne ceux qui allaient être jugés. Il faut ici préciser que les personnes arrêtées sur le fait (en flagrant délit, donc)  peuvent être jugées sur le champ. C’est d’ailleurs ce qu’apprend, à ses dépends, un tout jeune majeur surpris de ne pas être libéré « comme d’habitude ».

Il y a ceux qui ne comprennent pas trop ce qu’ils font là, qui sont abasourdis, sous le choc (comme ce jeune homme de bonne famille qui a tagué une rame de métro). Et puis il y a les habitués : le joueur de bonneteau indic à ses heures perdues, la prostituée toxicomane, le sans papier… Ceux-là sont plutôt roublards ou en tout cas familiers de ce système qui ne les impressionne plus guère.

10e Chambre Si vous n’êtes jamais allés à une audience de Tribunal Correctionnel, je ne saurais trop vous conseiller de regarder ce film ! La Correctionnelle est le théâtre des Palais de Justice, un lieu où se règlent les conflits de la vie quotidienne, où passent les petits truands parfois ravis d’avoir une tribune, et qui n’a pas la gravité pesante d’une Cour d’Assise (celle-ci jugeant uniquement les crimes, généralement de sang et réunissant outre les magistrats 9 jurés non professionnels). Si tout n’est pas drôle, le climat est plus léger, sans doute parce que l’on a quitté l’immédiateté du drame.

Reste désormais à espérer que Depardon continue bientôt son œuvre en filmant les prisons…


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 12/08/2007