33 films du maître suédois réunis en dvd! C'est le rêve cinéphilique qui peut devenir réalité avec ce coffret imposant et rigoureux. Pour célèbrer l'artiste disparu, rien de tel que de découvrir son oeuvre ample, désespérée et vraiment géniale.
Ceci est un aveu: 33 films de Bergman c'est beaucoup et avant cette chronique, votre serviteur n'a pas pu tous les voir! Cependant après quelques dvd, une chose est certaine: le cinéaste méritait bien la Palme des palmes en 1998 pour le cinquantenaire du festival.
Pourtant chaque film présent dans ce coffret fait l'effet d'une claque. Il montre surtout la mutation permanente de Bergman. Bien entendu, son cinéma est souvent limité à une austère mise en scène où les femmes déambulent avec des dialogues aussi éthérés qu'elles.
Cependant les premiers films de Bergman sont très ancrés dans la réalité. Ce sont des drames sentimentaux réalistes où l'influence de Rossellini se fait fortement sentir. Mais très rapidement le style de Bergman s'affirme.
Après la Seconde Guerre Mondiale, l'intellectuel, reconnu dans le théâtre, s'émancipe avec des films aux interrogations métaphysiques. Jusqu'à la reconnaissance internationale en 1955, Bergman s'enferme dans des réflexions psychanalytiques qui pourtant profitent des fictions qu'il met en scène.
C'est tout le talent de ce cinéaste: se concentrer sur l'intime. Aimer l'individu. Et aussi souligner sa solitude totale. Bergman n'est pas vraiment un rigolo. Il aime l'humour mais il est souvent amer. Sur l'être humain, il ne voit que son grand isolement, même dans sa famille, même dans la société, même dans son mariage.
C'est un grand sujet qui traverse tous les films. Les douleurs de l'amour entraînent une profonde désespérance autour de la désillusion. La vie de Bergman a été marquée par de nombreux mariages. Les femmes semblent être le mystère qui hante sa carrière. Il le rend toujours un vibrant hommage. Les titres Toutes ses femmes, L'attente des femmes ou Rêves de femmes en disent long sur l'obsession.
Il a réussi à magnifier ses actrices et ses personnages. Dans tous ses films, ce sont des personnages riches et complexes. Cris et chuchotements restera comme le plus beau portrait de femmes. Peut être parce qu'il est le plus cruel.
Bergman réussit ces paris artistiques parce qu'il est justement âpre sans être mauvais. Ses partis pris culottés, parfois austères, issus du théâtre tournent autour des personnages et tentent une approche autour des femmes.
Ces dernières sont très fidèles au vieux maître. Obsédé par la solitude, Bergman avait une petite troupe autour de lui. On s'étonnera de la ressemblance entre ses différentes comédiennes. On reconnaîtra de nombreux comédiens aux noms assez imprononçables mais soumis à la rigueur du cinéaste.
Le coffret permet aussi de découvrir la grande imagination de Bergman. On le limite à des drames de chambre. Le septième sceau reste visuellement une pure merveille. D'autres films se servent habilement du fantastique. Le coffret atteste d'une richesse que l'on avait un peu oubliée.
Lorsque l'on voit cette collection de films franchement osés et radicaux, on se dit que le jury de Cannes de 1956, a eu la bonne idée de donner au suédois le prix d'humour poétique. Cela indique aujourd'hui qu'il y a bien un sentiment intelligent, clairvoyant et humain qui nourrit l'oeuvre de Bergman et qui la rend essentielle!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 10/12/2007