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Mardi 22 Mai 2012Cinéma

 Clerks 2

Clerks 2

Kevin SMITH

Avec Rosario Dawson, Jeff Anderson, Brian O'Halloran et Kevin Smith - TFM - 02 mai 2007 - 1h38

Et ta critique ?




Peut-on réussir une suite commerciale d’un petit film indépendant devenu culte ? Il faut croire que oui puisque Kevin Smith choisit la continuité dans la différence et seuls quelques fans risquent de bouder leur plaisir.


Nous sommes à Cannes en 2006. La salle, saccagée après les violences  consécutives à la projection du Da Vinci Code (pour la nullité du long métrage et non pour la pseudo polémique ésotérique), s’apprête à diffuser un autre film hors compétition. Kevin Smith en short et veste de costume bien ample s’adresse à un public difficile, entre ceux qui ont vénéré Dogma, Clerks ou Chasing Amy (de sa « trilogie » du New Jersey) et ceux qui ne connaissent pas encore celui dont l’humour oscille entre des références culturelles hyper pointues et d’obscures private jokes.

Le public cannois est réputé pour être assez rigide. Après une heure et demie d’humour crade, de discussions métaphysiques sur la culture geek et une séance de zoophilie, il en fallait moins que ça pour envoyer toute la salle sur la croisette en vociférant contre la débilité américaine. Pourtant, la salle, debout et pendant huit minutes, n’a pas cessé d’applaudir. Notre réalisateur aux mollets bien aérés ne revenait pas d’avoir un tel accueil, généralement réservé à Woody Allen ou Clint Eastwood.

Resituons les choses dans leur contexte. Clerks, premier du nom, était un film tourné en noir et blanc (presque) uniquement dans une superette du New Jersey. Clerks II est un film tourné en couleurs (presque) uniquement dans un fast food. Reprenant (presque) les mêmes acteurs en ajoutant une flopée d’amis connus et des références à l’univers coloré de Smith, le film risque d’en dérouter plus d’un.

Tout d’abord les non initiés qui risquent de ne pas tout comprendre (malgré la faible activité cérébrale requise) et d’avoir comme une gare ferroviaire de retard. Ensuite les fans de la première heure qui vont trouver le tout un peu superficiel. Construit en référence au premier, ce film est pourtant un cadeau à ces derniers.

Le passage en couleur a malheureusement oublié le bijou d’acerbité et de cynisme qu’était son prédécesseur, et l’histoire d’amour semble un peu hors de propos. La critique sociale d’une Amérique précaire a fait la place à une élégie sur l’amour, l’amitié et le temps qui passe. Pourtant le film réussit un exploit qui vaut le détour dans les salles obscures : être drôle, intelligent et touchant. On en demanderait presque le remboursement par la Sécurité Sociale, tiens.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 02/05/2007