À force de voir des films français et américains qui finissent par tous se ressembler, on pourrait oublier que les autres pays font du cinéma. L’Italie en fait partie et nous livre une chronique très drôle et humaine. Bravissimo !
Stefano a tout du looser typique. La trentaine très bien tassée, il gagne (maigrement) sa vie dans un groupe de rock qui peine à sortir son premier album. Les concerts intimistes et le quotidien romain n’ont pas de quoi lui remonter le moral.
Alors qu’il découvre que le penchant de sa petite amie pour les guitaristes ne s’applique pas qu’à lui, il décide qu’un retour aux sources lui serait salutaire. Ses maigres possessions matérielles dans son étui à guitare, il prend son épave et part rendre visite à ses géniteurs qu’il n’a pas vus depuis qu’il s’était envolé vers une gloire évasive.
Pourtant, passée la joie des retrouvailles, la réalité reprend ses droits. L’usine de son père est en plein naufrage, son frère est à deux doigts du divorce et de la dépression, sa sœur a arrêté ses études pour nager avec les dauphins et ses amis subissent les aléas d’une vie provinciale.
Sans vraiment être un film réaliste (comme pouvait l’être la chanson dans l’entre-deux-guerres) ni une ode à la dolce vita, l’Au revoir à Stéphane (heureusement donc que les distributeurs ont gardé le titre original) est une oeuvre touchante qui manie l’humour avec un naturel et une réussite désarmante.
Le personnage de Stefano est interprété à merveille par Valerio Mastandrea qui laisse suffisamment d’espace aux autres acteurs pour rendre le récit captivant. Les interactions de cet être qui hésite entre cynisme urbain et humanité rurale avec ces gens si proches qu’il n’a pourtant eu aucun mal à abandonner derrière lui, dressent un état des lieux des relations humaines pas du tout démonstratif.
Au final, c’est surtout une tendresse infinie pour l’Homme qui se dégage de ce film. Sans vouloir porter à tout prix l’image de la cellule familiale comme un cocon protecteur, elle est tout de même là pour nous rappeler à cette part de nous même qui nous définit en tant que personne.
Il ne faudrait pas non plus mettre de côté le sous texte satirique, beaucoup plus politique, d’une société qui a " oublié " de se mettre à l’heure de la mondialisation et qui subit les changements de ce monde qui ne se pose plus vraiment de questions sur ceux qu’il sacrifie sur l’autel d’un bien commun très opaque.
Pas grand-chose à jeter, donc. Du cinéma sans prétention qui nous laisse le sourire. C’est peu, mais en même temps, ce n’est pas la concurrence qui peut se targuer d’en faire autant.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 20/05/2008