Patrick Rambaud nous livre le journal de la première année du septennat de Nicolas Sarkozy sous la forme d’une chronique féroce et moqueuse de la cour de Nicolas Ier.
Dans une interview donnée au Nouvel Observateur, Patrick Rambaud explique : dès l’élection de Nicolas Sarkozy "j’ai fait une allergie assez forte qui m’a mis à plat. J’avais le moral en berne, vraiment et je me suis dit : il faut réagir, il faut se soigner […] ça m’a remonté le moral, ça m’a tonifié. Je me suis aperçu que les lecteurs avaient la même allergie que moi. Comme j’ai le remède, je leur propose."
Et quel remède ! Cette chronique insolente et souvent méchante (car toujours juste) est tout simplement jubilatoire !
La plume incisive de Patrick Rambaud fait mouche à chaque fois pour décrire ce jeu de massacre entre les courtisans à la mentalité de valets qui tournent autour du Leader le la Nation. Nul n’est épargné : ni la baronne D’Ati ("C’était une Mauresque des bords de Seine. Elle avait du mordant, on disait même qu’elle avait de grandes dents, tant au-dehors qu’au-dedans"), ni la marquise de La Garde ("Pour qu’elle comprit M. Camus, il eût fallu que la marquise ne possédât point un gésier à la place du cœur et qu’elle eût un œil moins myope"), ni le petit marquis de Benamou, ni le chevalier de Guaino ("Les aventures de Tintin nourrissaient pour une large part la culture politique du chevalier de Guaino, qui y voyait un bréviaire pour l’action")…
A chaque circonstance, Patrick Rambaud affuble Nicolas Ier d’un nouveau vocable. Il est ainsi, tour à tour, "Notre Précieux, Trépidant, Héroïque, Agacé, Limpide, Rusé Souverain" ou encore "Son Ombrageuse Majesté" ou "Notre Tonitruant Leader Adoré"…
En 170 pages, le portait est achevé : du discours de Dakar au déterminisme génétique, de l’influence de l’Impératrice à l’augmentation de 172 % de ses émoluments… on revit les premiers mois de ce règne, le sourire aux lèvres. Mais si on est amusé par tant d’esprit, on est également triste de constater que notre démocratie soit si ressemblante à cette parodie de Cour !
Le remède nous remonte le moral, mais la pilule est bien amère... En outre, il convient d’être prudent sur la posologie : déjà en manque, nous attendons avec impatience la suite et l’arrivée à la Cour de la comtesse Bruni. N’y aurait-il pas, M. Rambaud, un fort effet d’accoutumance non mentionné sur la notice ?
Véronique Cazaubiel
© Etat-critique.com - 30/05/2008