RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Mardi 22 Mai 2012Musique

 Chronique d'une mort annoncée

Chronique d'une mort annoncée

Sébastien GENDRON

Sur le téléchargement illégal...

Et ta critique ?





De la poule, de l'oeuf et de l'échafaud...

Alors que les procès contre les « pirates » se multiplient, les majors jouent les agents doubles : d’un côté elles annoncent la mort du CD pour dans dix ans, victimes des téléchargements illégaux ; de l’autre, elles préparent elles-mêmes l’échafaud en poussant les masses vers le téléchargement payant. De la poule ou de l’œuf, la question se pose-t-elle vraiment en ces termes ?

Deux informations m’ont particulièrement fait remonter les gonades en ce début février. Deux informations étroitement liées malgré leur classification, l’une à la tribune judiciaire, l’autre à l’économie. D’un coté, une retraitée française se goinfre 4 mois avec sursis pour avoir téléchargé illégalement de la musique sur Internet. De l’autre, une étude qui tend à démontrer que le Compact Disc n’aurait plus que dix ans, quinze à tout prendre, d’espérance de vie. D’un coté, une grand-mère dans un bled de campagne qui cherche des chansons françaises difficiles à trouver quand on n’a pas comme commerce de proximité un Centre Culturel E. Leclerc. De l’autre, des maisons de disques qui accusent le téléchargement pirate d’être à l’origine de la mort annoncé d’une poule au œuf d’or qu’ils ont contribué à tuer.

Petit et approximatif rappel historico-culturel de l’affaire des piratages Internet. D’abord, le net, rappelons-le tout de même, a été créé pour que des universités et des entreprises puissent faire circuler en interne leurs dossiers. La gratuité était de mise puisque ces intranets ne concernaient que le cercle clos. Mais la gratuité a rapidement intéressé l’exploitation du système intra pour le développer à l’inter. C’était en soit un moyen de faire payer une dîme sur l’installation, le modem, puis l’impulsion électrique chaque minute dont on retrouvait l’addition chaque mois sur sa facture. Mais le contenu, peu ou prou restait gratuit, si l’on excepte le commerce des petites culottes. Là-dessus, pour attirer plus de monde encore, on créé l’ADSL qui azimute le triste 54 K et du coup, fait plonger le prix des factures téléphoniques. On passe au forfait et l’on retrouve une part de la gratuité d’antan. Pouvoir échanger des informations. Le terme information, quand on traite d’informatique, est, en soi, très englobant, puisque tout ce qui circule dans les tuyaux se nomme « information ». La musique est donc une information et en tant que telle, elle se trouve elle aussi transportable, donc échangeable. Et ce qui est gratuit est nuisible pour le capital.

Ensuite, du coté des maisons de disques. Sans remonter jusqu’au rouleau de cire de Marconi, on se souviendra que du gramophone à l’Ipod, l’autoconcurrence au sein des grandes firmes créant puis engendrant le progrès, a toujours été mortelle pour leur création. Pour ne parler que de la cassette Philips qui, dans les années 70, mit en émoi le vinyle avec sa efficace reproductibilité. Finalement, ce n’est pas la cassette qui a la peau du 33 tour mais le CD, quinze ans plus tard. Le CD enterre à son tour la cassette à l’aube des années 90, la même irréprochable reproductibilité, une durée de vie accrue en sus.

Et là, le CD croise la route de l’Internet, on sait comment. Donc, aujourd’hui en toute logique, on nous annonce la mort du CD et on accuse Internet. Mais, on oublie, volontairement il va sans dire, de prendre en considération que dans la case recherche et développement des multinationales du disque on n’avait guère prévu un tel retour de bâton et elles sont arrivées bien tard les solutions de lutte contre le téléchargement illégal. Et non seulement elles sont venues tard mais force est de constater qu’elles ne sont en aucun cas des solutions.

Les DRM sont des foutaises. Comment draguer un public qui possède tous les instruments pour télécharger gratuitement de la musique d’excellente qualité quand ce qu’on lui propose coûte, au total, le prix d’un CD ? 0,99 € le morceau, multiplié par le nombre de chanson d’un album, égale son prix dans les bacs moins l’objet. Le tout compressé en 128 kilobits/secondes (pour les connaisseurs) soit l’équivalent d’une cassette audio issue d’un 33 tours (pour caricaturer), et protégé par les fameuses DRM ou l’impossibilité de rendre à ces morceaux leur qualité d’origine par une manipulation informatique. Là-dessus (je me répète, je sais mais bon), l’industrie du disque ne revoit en aucun cas les droits d’auteurs qui plafonnent toujours à 7%, mais empoche allégrement 1) les 93% restant qui ne se partagent plus entre la fabrication et la diffusion ; 2) les intérêts issus des lourdes condamnations que ramassent, de-ci, de-là, quelques internautes malchanceux dont on voudrait faire des exemples.

Des exemples, ces gens devraient en être pour les politiques et certains artistes qui hurlent avec les loups et pondent (merci M. Eddy, vous aviez ma sympathie jusque-là) quelques vindictes anti-pirates sans jamais interroger leurs producteurs sur ces fameux 7% non négociables (ni d’ailleurs sur le fait que c’est, sur ces mêmes droits d’auteurs, que sont financés les passages radio desdites chansons et non sur la cagnotte de leurs maisons de disques). Mais, on ne dira rien. La vente sur le net, pour ces mêmes raisons, devient le nouvel Eldorado pour les gros majors qui n’ont aucun intérêt à tergiverser. Et en annonçant la mort du CD dans les quinze années à venir, elles communiquent déjà sur l’importance de se mettre au goût du jour. En gros, arrête les CD c’est naze, arrête le piratage tu vas perdre ta chemise, achète tu risques rien. La consommation, c’est le seul truc qui ne te coûtera rien.

Pour en finir avec cette retraitée : elle avait téléchargé des centaines de chansons de Moustaki, de Brel, de Reggiani, d’Aznavour, qu’elle ne trouvait plus nulle part. Eh ben ouais ! Elle avait qu’à prendre sa 4L et chercher une zone commerciale ! Y a pas de petite dépense, y a pas de petit profit ! Et même si l’avenir d’Internet est de nous clouer chez nous, ce n’est pas une raison pour commencer à économiser ses forces !


Sébastien Gendron

© Etat-critique.com - 01/04/2007