Deux grandes comédiennes s’affrontent pour les besoins de Chronique d’un Scandale. Elles n’écrasent pas le sujet et servent idéalement un film qui fait vraiment peur.
A ma gauche, Judi Dench ! Grande dame du théâtre britannique, l’actrice est devenue une figure incontournable du cinéma anglo-saxon en interprétant des femmes fortes et déterminées. Ce qui lui a valu d’être la première supérieure féminine de l’agent secret 007 depuis le film GoldenEye en 1995.
A ma droite, Cate Blanchett ! Australienne, la comédienne impressionne depuis sa découverte en 1998 dans Elizabeth. Capable de tout jouer et de se transformer, elle impose son charme et sa beauté diaphane à tous les univers qui lui sont proposés. Face à face, les deux actrices pouvaient se laisser aller à un cabotinage grandiloquent. Chronique d’un scandale échappe aux pièges du film à acteurs… pardon, à actrices.
En réalité, le nouveau film de l’anglais Richard Eyre profite de ses comédiennes pour tétaniser le spectateur. Pas besoin de monstres ou d’effets spéciaux pour glacer le sang. De l’esprit et du vice suffiront.
Professeur aigrie, Barbara Covett voit son quotidien s’illuminer avec l’arrivée dans son lycée médiocre, d’une prof de dessin, innocente et jolie, Sheba Hart. Cette dernière fait tourner la tête de tous, les élèves comme les professeurs, mais la jeune femme blonde est ravie d’être coachée par la vieille fille so british. Pourtant Barbara va faire une très vilaine découverte sur la nouvelle enseignante…
Le titre promet un scandale et il explose assez rapidement. Mais plutôt que d’observer le fait divers, le cinéaste, inspiré d’un roman de Zoe Heller, suit la complexité qui naît entre les deux femmes. De là apparaît un thriller psychologique assez étouffant. Les secrets de l’une et de l’autre vont pervertir leur relation et va découler une cascade de drames, assez terrifiants.
La sombre pédagogue est une manipulatrice inquiétante et névrosée. La candide prof n’est pas si naïve qu’elle en a l’air. Le duo s’autodétruit et Richard Eyre révèle la solitude de chacune, qui va nourrir les catastrophes. Filmé avec simplicité et élégance, le film reste toujours poli mais épluche avec une certaine noirceur, le désir, le renoncement, l’incompréhension et l’isolement de deux femmes.
Sur des registres difficiles, les deux actrices sont fantastiques, tout comme le reste du casting, et sur un sujet franchement casse gueule, le film trouve son équilibre en adoptant un style proche du suspense. Avec une retenue très anglaise, le film a la force d’un polar rondement mené.
On angoisse, on déplore, on rit (souvent jaune), on s’émeut. On vibre au film. Ce serait un scandale, ici, de ne pas le défendre !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 06/03/2007