Chrome dreams II est un chef d’œuvre maîtrisé où Neil Young tantôt caresse, tantôt balance la sauce. Comme le disait Tino Rossi, la vie commence à soixante ans.
En 1976, Neil Young enregistrait un album Chrome dreams, qui n’est jamais sorti et qui a alaimenté rumeurs et légendes. Trente ans plus tard, Neil Young dont on attendait plutôt le premier volume de ses archives personnelles (qui font fantasmer plus d’un fan) nous présente sa dernière production Chrome dreams II, dans lequel brille un diamant noir, la chanson "Ordinary people" qui dure plus de 18 minutes et qui était prête depuis des années.
N’allez pas croire que Neil Young a chômé ces derniers mois. Est-ce parce qu’il a subi une délicate opération au cerveau pour cause d’anévrisme ? Est-ce parce qu’il atteint les rivages de la soixantaine ? En tout cas, deux ans après le testamentaire Prairie Winds, et quelques mois après la parution de concerts d’anthologie (Filmore, Massey hall) le Loner revient et nous offre une de ses plus grandes réussites.
Avouons-le : au début, on n’entend qu’"Ordinary people". La composition se détache des autres, lancinante et évidente à la fois. La voix rageuse et quasi-enfantine de Young pousse le refrain jusqu’au bord du vide relayé par tous les instruments, la guitare épileptique et surtout la section de cordes qui accompagne la chanson jusqu’à l’incandescence. Grand moment où l’on a envie de pousser la stéréo à fond et de danser et trépigner en bougeant tout son corps.
Une seconde écoute plus attentive permet de se rendre compte qu’il n’y a pas une scorie dans ce recueil. On retrouve sur quelques titres le Neil Young classique, trousseur basique de bonnes chansons mais on retrouve aussi le dingue qui a la rage et qui en pleine période grunge arrivait à être plus frénétique que tous les groupes de Seattle.
Cette alliance du sucré et du salé, du yin et du yang (voire du yin et du young) donne à l’auditeur le plus beau des dons. Car les styles cohabitent et se mélent. On peut aimer le folk, la country, la musique électrique. On peut parfois regretter qu’un album se cantonne à une couleur. Içi, nous avons toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
A l’heure où les Eagles se reforment et sortent un album ni fait ni à faire mais qui par sa seule présence détruit la légende d’un tel groupe, Neil Young se reforme également et envoie tous les faussaires en enfer.
Ce monsieur bénéficie du respect de l’ensemble des musiciens aux Etats-Unis. On l’a vu dans le dernier et très beau documentaire que Jonathan Demme lui consacrait lors de la première de Prairie Wind au Grand Ole Opry de Nashville.
Etre vénéré de son vivant plongerait n’importe quel artiste dans le formol. Pas lui, le loner est un phenix qui, sans cesse renaît de ses cendres !
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 03/11/2007