Avec Julianne Moore, Amanda Seyfried, Liam Neeson et Max Thieriot - StudioCanal - 10 mars 2010 - 1h35
Et ta critique ?
Un bon remake de Nathalie avec une mise en scène brillante et des personnages troubles. Du grand Atom Egoyan.
Une femme, proche de la cinquantaine, soupçonne son mari de la tromper. Pour éclairer ses doutes, elle engage une jeune prostituée, Chloe, qui a pour mission de séduire l'époux volage et de venir rendre compte. La relation entre les deux femmes bascule dans un voyeurisme malsain alors que Chloe rapporte des détails de plus en plus intimes
Atom Egoyan, cinéaste des situations troubles, des psychologies tordues (Exotica) et des faux-semblants (La vérité nue), se livre au remake de Nathalie, un film d'Anne Fontaine (2003) où Emmanuelle Béart jouait la prostituée éponyme.
Le film français, souffrant d'une mise en scène plate et de l'écrasante beauté de l'actrice principale, avait du mal à décoller du banal drame bourgeois gentiment épicé de scènes plus ou moins dénudées.
En amplifiant fortement la différence d'âge entre l'épouse jalouse (Catherine) et la prostituée (Chloe), Egoyan met l'accent sur l'angoisse du passage du temps, transformant le vaudeville en un conflit inter-générationel (impression renforcé par la part importante jouée par le fils du couple, en pleine crise d'adolescence).
Les rapports de plus en plus ambigus entre Catherine et Chloe sont brouillés par des relations mère-fille, Catherine, médecin, maternant la prostituée lorsque celle-ci tombe malade. Le film se concentre sur le personnage de Catherine, jouée par Julianne Moore, son enfermement de plus en plus psychotique dans un mélange de jalousie et de voyeurisme, avant un surprenant retournement de situation.
La tromperie, les travestissements de la vérité sont soulignés par l'utilisation de décors aux frontières floues, incertaines : des intérieurs modernes sans porte, sans pièces bien délimitées, aux grandes baies vitrées et aux cloisons transparentes pour mieux révéler la fausse sincérité des protagonistes, ou bien d'immenses lieux publics : salles de conférence, de concert...
À l'inverse, seules les rencontres entre Catherine et Chloe bénéficient de lieux intimes : petits cafés à la décoration désuette, chambres d'hôtels, taxis...
Chloe permet à Atom Egoyan de déployer tout son art de la mise en scène des situations ambigues, du refoulement, du mensonge. Servi par une image de belle facture et des acteurs très juste, il joue à décortiquer les apparences pour mettre à nu la folie de ses personnages.