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Mardi 22 Mai 2012Livre

 Chicago

Chicago

Alaa EL ASWANY

Traduit de l’arabe par Gilles Gauthier - Editions Actes Sud - 459 pages

Et ta critique ?




Chicago est le second roman d’Alaa El Aswany publié par les éditions Actes Sud, après le grand succès obtenu par , qui a valu à l’auteur d’être comparé à Naguib Mahfouz.


Né en 1957, dans un milieu culturellement ouvert où les arts et les lettres étaient présents, El Aswany a publié deux recueils de nouvelles qui eurent du succès en Egypte, avant de se permettre d’en venir au roman.

Il a par ailleurs pu faire des études d’histologie aux Etats-Unis avant de revenir au Caire où il exerce le métier de dentiste. Sans doute cette expérience américaine a-t-elle servi de terreau à son imagination. Elle a été la levure qui a permis de créer ce roman dans lequel il arrive à composer une entière société.

A Chicago donc, vit une importante communauté égyptienne. D’autant plus que le département d’histologie de l’université a pour habitude de recevoir énormément d’étudiants égyptiens, souvent renommés pour leur sens de l’étude et leur vivacicité intellectuelle.

C’est à partir de ce milieu que l’auteur va faire rayonner ses personnages : Nagui venu apprendre l’histologie, mais qui est poète et tombera amoureuse d’une jeune juive américaine.

L’éternel étudiant Danana, qui est en fait aux ordres du pouvoir égyptien et dont le but est de faire taire la contestation parmi ses condisciples, grâce à la terreur ou l’octroi de faveurs diverses. Ces deux personnages cohabitent avec une dizaine d’autres figures. El Aswany a le don de  composer des personnages qui occupent un paysage.

Il nous montre dans le détail comment chaque membre de la société doit vivre sa sexualité, son rapport au divin et à la corruption du régime.

Il orchestre un grand roman polyphonique dans lequel les égyptiens vivant à Chicago sont prisonniers de l’Egypte qu’ils gardent au fond du cœur et avec laquelle ils vivent jour après jour, comme ils le peuvent.

Au final, El Aswany, et cela est courageux, ne dore pas la pilule sur l’état de délabrement moral et social qui saisit l’Egypte, sous le joug d’un vieux tyran, qui n’entend guère passer la main. Et peu importe que la société se fendille, se craquelle et vacille sur elle-même. Même si l’on sort de la lecture de Chicago avec l’impression  d’avoir assisté à la chute d’êtres auxquels on s’était attachés.

On sait gré à l’écrivain de nous avoir mis le nez dans les contradictions d’un pays où l’Islam est prédominant et parfois étouffant. Le livre peut dégager, pour le lecteur pressé, une impression de pesanteur ou de didactisme.

Cependant, El Aswany, qui ne se pose pas de question sur la mort du roman et l’avenir de l’autofiction, a suffisament de talent pour nous offrir un roman qui nous plonge autant dans la complexité humaine que dans celle d’une nation. Et c’est aussi pour cette raison que nous continuons à lire, et surtout des romans : pour plonger dans un récit, pour comprendre un monde proche de nous mais éloigné en même temps. El Aswany nous rappelle que tout personnage, aussi caricatural ou ambigu qu’il soit, est notre semblable, notre frère.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 28/11/2011