Première partie décevante du biopic révolutionnaire de Steven Soderbergh consacré au Che dont on ne sauvera que la magnifique interprétation (incarnation) de Benicio Del Toro.
Qu’on se le dise, le Che n’est pas qu’une image christique sur un tee-shirt rouge. C’est aussi, désormais, une image christique (en mouvement) sur les écrans du monde entier. Et le mérite en revient entièrement à l’obstination de deux hommes exceptionnels dans leur genre : Benicio Del Toro et Steven Soderbergh. Le premier pour avoir porté ce projet à bout de bras depuis plus de dix ans avec une constance remarquable malgré les nombreux revers, échecs et défections de dernière minute. Ainsi de Terrence Malick longtemps pressenti pour ce tournage et laissant tout tomber pour se consacrer au Nouveau monde, un projet plus personnel. Le second pour continuer à justifier une réputation gentiment subversive et engagée qui dénote un peu dans l’univers des studios hollywoodiens.
Soderbergh décida donc de reprendre le flambeau et de tourner en quarante jours, et avec une économie de moyens remarquable, l’hagiographie d’un homme passé à la postérité en symbole de la révolution en marche. De la révolution triomphante. De la révolution humaniste. La posture étant arrêtée, restait aux deux compères à le prouver.
Les deux premières heures de ce diptyque ne ménagent pas leur peine pour nous démontrer ce point de vue. Ernesto Guevara paie de sa personne physiquement en arpentant la jungle en proie à la fièvre et à l’asthme. Ernesto Guevara se montre humble et intelligent. Ernesto Guevara est juste et inflexible. Ernesto Guevara est séduisant mais fidèle (sa femme et ses enfants sont au Mexique). Ernesto Guevara est... un saint. Pourquoi pas...
Dommage que cet étalage de bons sentiments et d’anecdotes mises bout à bout ne fasse pas un film à part entière. Il manque à cette première partie, exclusivement consacrée à la “reconquête” de Cuba par les révolutionnaires en lutte contre la dictature de Batista - fantoche à la solde des Etats-Unis -, l’épaisseur, le liant, l’écriture scénaristique qui fait les grandes narrations. On sent, à chaque plan ou presque, la difficulté éprouvée par le réalisateur à garder le fil d’une histoire qui aurait pu être passionnante si elle avait été moins fragmentée.
Heureusement, il y a l’interprétation de Benicio Del Toro qui incarne un Che plus vrai que nature, qui EST son personnage comme rarement au cinéma. Jusqu’à une étonnante ressemblance physique qui n’en finit pas de troubler le spectateur, notamment sur les scènes d’actualité ou les interventions à l’ONU filmées en noir et blanc... Un magnifique Prix d’interprétation masculine à Cannes en mai dernier, donc. Pour le reste...
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 26/01/2009