Développant un univers riche et prometteur, cette fable pour enfants d’aujourd’hui amusera les petits et les plus grands. Mais ces derniers devront faire preuve d’imagination pour y voir un film plus susceptible de leur plaire.
La France est-elle condamnée à rester un contributeur pauvre face aux studios américains ou japonais qui, malgré une production industriel, réussissent à remporter tous les suffrages ? Espérons que non.
Cette chasse aux dragons permet en tout cas de montrer que l’Hexagone a les moyens créatifs de ses prétentions, à l’image des auteurs de ce long-métrage d’animation, qui ne souffre de la comparaison internationale que dans le manque d’ambition du projet et d’universalité du traitement.
En effet, si le film n’a pas à rougir dans la catégorie « film pour enfants à sortir en période de vacances scolaires », il ne remportera pas forcément l’adhésion de l’adulte accompagnateur pour qui le divertissement ne sera pas nécessairement partagé avec sa progéniture. À moins que ce dernier soit sensible à l’humour urino-scatologique.
Le spectateur est plongé très rapidement dans un contexte d’heroic fantasy classique, avec son lot de princesses adorables, de royaumes séculiers, de faux méchants, de vrais gentils et de monstres ayant des velléités apocalyptiques. Il suivra les pérégrinations d’une troupe de quatre personnages qui, pour quelques deniers, se lanceront dans un combat perdu d’avance pour que règne à nouveau la paix.
Mais nous sommes avant tout sur les terres de l’enfance ; aussi faut-il que nos héros aient un tant soit peu de charisme et de bonne humeur communicative. Et de ce côté-là, il y a de quoi être gâté. Entre une brute au grand cœur avec une prédilection étrange pour les moutons, une princesse un peu garçonne aux yeux humides, un trouillard qui conjugue maladroitement cupidité avec amitié ainsi qu’une créature résultant du croisement improbable entre un chien parlant et un dragon vicieux (dans tous les sens du terme), la rigolade est de mise.
Car l’humour est omniprésent. De qualité variable, ce dernier donne parfois lieu à de très bons gags ou des dialogues savoureux. On y retrouve même la gouaille d’Audiard, c’est dire. Mais c’est dans l’ironie et le détournement des codes du genre (trop rares, hélas !) que le film atteint des sommets de finesse. L’épisode des lapins risque à ce titre de rester dans les mémoires.
Malgré des enchaînements trop abrupts et fonctionnels qui nuisent au rythme et à la cohésion du canevas narratif, le bon sentiment et la générosité qui se dégagent du propos ne devraient pas vous empêcher de passer une bonne soirée en famille. Le tout servi par une excellente animation et un univers aussi inventif que graphiquement réussi, on pourrait presque en oublier la prestation vocale d’Amanda Lear qui reste l’épreuve la plus traumatisante pour les plus (ou moins) jeunes.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 02/04/2008