Quand un essai sur l’école se transforme en prix Renaudot, c’est qu’une bonne fée (Carabine) et un (grand) marchand de prose se sont penchés sur le même berceau : celui de Daniel Pennachionni.
Car c’est l’une des première choses qui frappe à la lecture de ce Chagrin d’école : Daniel Pennac se nomme en réalité Pennacchioni, est d’origine corse et a choisi son pseudonyme pour ménager la carrière et la réputation d’un père officier de la Coloniale.
Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel de Chagrin d’école est qu’il contient tout ce qui a le plus compté pour “l’inventeur” de l’inoubliable famille Malaussène : son métier de professeur de français en collège. Son sacerdoce devrait-on plutôt dire, tant Daniel Pennac met de passion, de ferveur, de foi presque, dans l’évocation de ce passé, de cette première vie, de cette vie d’avant la littérature.
Mais le propos de ce prof-là n’est pas de suggérer de nouvelles réformes scolaires, une nouvelle organisation du programme, un nouveau projet pédagogique. Non. Le message (abondamment illustré) de Daniel Pennac est tout simplement de réintroduire dans les établissements (écoles, collèges, lycées) une notion envolée depuis longtemps : l’amour des élèves. De tous les élèves. A commencer par les cancres !
Et il sait de quoi il parle notre Pennac national puisque, avant d’être écrivain adulé, il a été (très) mauvais élève. Forte tête, chahuteur et hermétique à l’apprentissage ! Ce qui l’a sauvé ? Au long de sa scolarité chaotique, trois ou quatre rencontres avec des professeurs différents, attentifs, impliqués, passionnés et capables de communiquer cette passion à leurs élèves. Sauvé de justesse d’un avenir sombre, le petit Pennachioni deviendra (contre toute attente) prof à son tour et s’attachera à retenir la leçon de ses mentors anonymes.
Aujourd’hui VRP de son oeuvre, il parcourt la France pour répondre à l’invitation de professeurs de français qui ont le même désir de transmettre que lui. Dans ces classes, face à ces élèves blacks-blancs-beurs, il découvre une France collégienne qui ne ressemble que de très loin à l’image terrifiante qu’en donnent obstinément les journaux télévisés.
Non que les problèmes n’existent pas. Pennac n’est pas naïf à ce point. Mais il sait surtout, d’expérience, que rares sont les problèmes d’apprentissage qui ne se résolvent pas par une approche plus humaine, plus ouverte de l’éducation scolaire.
En 300 pages d’humanisme décomplexé et pas lénifiant, Oncle Daniel fait une nouvelle fois la preuve de son originalité tranquille et de sa capacité à sortir des sentiers battu pour le plus grand bonheur de tous. Et surtout des plus vulnérables.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 08/11/2007