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Lundi 21 Mai 2012Cinéma

 Ceux qui restent

Ceux qui restent

Anne LE NY

Avec Vincent Lindon, Emmanuelle Devos, Anne Le Ny et Grégoire Oestermann Studio Canal – 29 août 2007 – 1h32

Et ta critique ?




Un hôpital, une adolescente en souffrance, deux adultes maladroits en amour, des malades condamnés, Ceux qui restent avait tout du mélo lourdingue. La réalisatrice s’attache à décrire pudiquement les élans du cœur. Elle réussit à planter une flèche en plein dans le notre.


Si l’on s’arrête à l’affiche, on devine une simple histoire d’amour, faire valoir à deux excellents acteurs, Emmanuel Devos et Vincent Lindon. Quand on lit le résumé, il faut sortir le tire-jus avec ces deux personnages qui accompagnent leurs proches, touchés par de graves cancers .

Quand on découvre les premières images du film d’Anne Le Ny, on est rassuré. Elle filme le réel avec une simplicité confondante. Vincent Lindon se sert idéalement de ses cernes pour nous faire croire au désespoir d’un mari, Bertrand, face aux derniers jours de son épouse. Ses épaules sont basses face à une adolescente en révolte. Ses gestes sont serrés et mal assurés quand il voit Lorraine.

Depuis cinq ans, il fréquente le même hôpital ; Lorraine vient juste d’arriver pour soigner le cancer de son récent petit ami avec qui elle vient de s’installer. Elle n’est pas résignée mais apeurée et lorsqu’elle rencontre Bertrand, elle s’étonne de rire dans une journée aussi pénible.

La face de Droopy de Bertrand va alors s’éclairer. Son quotidien est pimenté par cette jeune femme pétillante et insouciante. Bien sûr les sourires cachent des inquiétudes plus troubles et très vite, le soutien que s’offre ses deux personnes devient un désir de plus en plus irrépressible.

En rires et larmes, les deux personnages vont lentement se rapprocher et s’aimer. Face à la maladie, ils ne leur restent que cette alternative pour affronter la douleur de l’autre. Anne Le Ny a la bonne idée de ne jamais en ajouter dans le pathos réducteur. Elle ne tente jamais de prendre le spectateur en otage. Par exemple elle ne filme pas les proches hospitalisés. Elle suit la logique du titre : elle n’observe que ceux qui restent.

Qui souffrent et qui se consolent comme ils peuvent. En plus du couple improbable qui se découvre à l’hôpital, Anne Le Ny fait le portrait d’une adolescente en manque d’adultes, obligé de cohabiter avec Bertrand, beau père malheureux et malhabile. Ils partagent pourtant le même manque.

De toute manière, la réalisatrice cherche tout ce qui enferme les êtres dans la solitude et le refus de vivre. Jamais démonstrative, elle dépeint une vie où le temps est compté mais où les moments de tendresse sont importants. C’est un hymne à la vie, magnifiquement interprété et surtout d’une banalité finalement touchante.

Bien sûr, on pourra tiquer sur la famille un peu trop disloqué de Bertrand mais ce qui reste en sortant de la salle, c’est une émotion juste et partagée. Ce qui fait de ce film, une œuvre qui fait franchement du bien.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 06/09/2007