RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Dimanche 05 Février 2012Art-scène

 César

César

César ANTHOLOGIE PAR JEAN NOUVEL

César Anthologie par Jean Nouvel Fondation Cartier 261, boulevard Raspail 75014 Paris Tel. 01 42 18 56 50 Jusqu'au 26 octobre 2008

Et ta critique ?




Pour le 10e anniversaire de sa disparition, la Fondation Cartier donne carte blanche à l'architecte vedette Jean Nouvel pour rendre hommage à son ami César. Visite guidée.

Des Fers de ses débuts aux Compressions sur lesquelles il travaillera jusqu'à sa mort, en passant par les Empreintes humaines et les Expansions, rien ne manque à cette rétrospective proposée par la Fondation Cartier jusqu'au 28 octobre. Pas même la "caution" prestigieuse en la personne de l'omniprésent (omniscient ?) Jean Nouvel, aussi à l'aise dans le "commissariat" d'exposition que dans le "lauréat" concomitant de Tour Signal à La Défense !

L'occasion, se dit-on, d'aller voir de plus près les œuvres d'un artiste dont on connaît  finalement peu de chose : un pouce hypertrophié sur l'esplanade de La Défense si chère à son ami architecte, un trophée cinématographico-télévisuel et… c'est à peu près tout. Pas d'enthousiasme démesuré jusque là. Juste une vague sympathie pour un personnage que l'on devine gentiment iconoclaste, vaguement fumiste et gourmand des bons moments de la vie. Ce que confirme d'ailleurs implicitement son ami architecte dans la préface du catalogue de l'exposition.

Ami architecte et commissaire, donc, dont l'esprit rationnel n'a pas failli qui propose, dès l'entrée, un choix des Fers qui seront, du début des années 50 au milieu des années 60, le domaine de prédilection de l'artiste. Nés de l'imagination intuitive de César, ces assemblages (soudure à l'arc) de déchets ferreux – boulons, plaquettes, tiges et tôles récupérés -  donneront naissance à plus de trois cents constructions anthropomorphes, zoomorphes et abstraites dont quelques spécimens sont offerts à notre "admiration". Pourquoi des guillemets ? Parce que cette idée, sans doute originale, a suscité depuis tant de vocations que l'on ne peut plus faire un pas dans une foire ou un salon artistique sans croiser, au détour de chaque allée un adepte maladroit de cet art du chalumeau.

Heureusement, se dit-on, restent les Empreintes humaines(à droite), les Expansions (à gauche) et les Compressions (au sous-sol).

Va pour les Empreintes humaines. Leur genèse ? L'invitation, reçue par César en 1965, à contribuer à l'exposition La main, de Rodin à Picasso. N'ayant aucune création correspondant à cette thématique (pas de main parmi les Fers), il projette de mouler la main d'un modèle. Hérésie artistique : moulage n'est pas sculpture, lui ont enseigné ses maîtres de l'Ecole des Beaux-arts. Qu'à cela ne tienne, le procédé d'agrandissement pantographique lui permet de "sculpter" son premier pouce de 40 cm en plastique rose translucide. Suivront quantités d'autres pouces, des mains, poings et seins comme s'il en pleuvait. Résultat : une absence totale d'émotion (même – surtout – devant "ses" seins) à la vue de ces variations vaines dont le seul (maigre) intérêt réside dans la diversité des tailles, des matières et des couleurs.

Persévérant, le visiteur se dit qu'il se passera peut-être quelque chose à la vue des Expansions. Mais non. La "découverte" par César à la fin des années 60 de la mousse de polyuréthane donne une autre orientation à son travail. De la forme naturelle, il passe à la forme molle. Et, fidèle à son principe, il passe les années qui suivent à multiplier les coulées de forme, de tailles et de couleurs différentes. Clou de la série : Expansion n° 3 "La Lunaire", créée le jour où Neil Armstrong posa le pied sur la Lune ! Un coup d'œil à notre encéphalogramme émotionnel nous confirme malheureusement que l'Expansion ne réussit pas mieux là où les Fers et l'Empreinte humaine ont échoué…

Reste le détour par le sous-sol où se trouvent cachées les Compressions, travaux les plus fameux de César. Fidèle à son systématisme obsessionnel, l'artiste démontre sa capacité à épuiser un sujet en abandonnant cette fois l'œuvre de création à des machines hydrauliques. Emblématique de cette veine (vaine ?), sa dernière série réalisée peu avant sa mort en 1998 et baptisée pompeusement Suite Milanaise, réalisée dans l'usine Fiat de Carate Brianza, et alignant les compressions de voitures neuves… repeintes en cabine avec l'une des couleurs du nuancier proposé par la marque cette année-là. Chaque compression est ainsi baptisée du nom de la couleur employée : Rosso Mica 361, Violet 105, Blu Regent 484… On pourrait aussi évoquer les compressions de la série Championnes, réalisées à partir de quatre épaves de Peugeot 205 turbo 16 pilotées par Ari Vatanen lors de rallyes victorieux, mais l'envie nous manque.

Artiste daté et/ou finalement moins créatif que sa renommée ne le laisse supposer, César est de ces artistes qui ont marqué leur époque avant tout par la consensualité de leur œuvre. Rien de choquant ou d'incompréhensible dans ses pouces multicolores, ses coulées fluides et rondes ou ses parallélépipèdes métalliques. Mais rien d'émouvant non plus, et c'est bien là son défaut majeur.


Joël Fomperie

© Etat-critique.com - 22/09/2008