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Lundi 21 Mai 2012Art-scène

 Cédric Andrieux

Cédric Andrieux

Jérôme BEL

Théâtre de la Cité Internationale - Paris

Et ta critique ?




Etre une personne avant d'être un danseur.


Etre ou ne pas être. Jerôme Bel fait avancer les danseurs. Avec ce témoignage chorégraphique, Jerôme Bel rend de l’humanité et une identité à ces forçats du corps. En pourfendeur de la danse codée et travaillée aux forceps, Jerôme Bel offre la possibilité à Cédric Andrieux de s’offrir autrement, en toute liberté de pensée. Ce qui pourrait être interprété comme une provocation n’en est pas une. Ce qui pourraît être interprété comme un bilan mélancolique de Cédric n’en est pas un.

Pas de lassitude. Juste un témoignage sur la vie d’un danseur d’exception qui a combattu avec l’aide du hasard et des rencontres les limites de son corps. Merce Cunningham aura marqué à jamais de son empreinte le corps de Cédric. Combien d’abnégation, d’oubli, de sacrifice, de rituels, d’exercice machinal pour déformer les barreaux du corps, s’en libérer pour approcher l’impossible. Une mémorisation aliénante où l’esprit n’a que les yeux pour s’évader un temps sur deux.

Cédric Andrieux présente son parcours de Brest à New-York et de New-York à Lyon. Vêtu d’un survêtement, Cédric nous promène dans sa mémoire. Dansant les passages charnières les plus marquants. Le jeu est le plus neutre possible. Une adresse directe au public, de face. Pas de pathos. On rit du contraste entre les situations vécues et le cheminement de la pensée autrefois muette. L’intériorité façonnée par une pratique cunninghamienne se révèle. Le langage autrefois corps devient mot. Alors la lucidité amuse quand Cédric avoue s’être planté en croyant en Forsythe, classique dans l’âme, ou lorsqu’il décrit son ennui naissant.

Paradoxalement, Cunningham et Bel se rejoignent par la mise en pensée de la danse. L’un par une mise en  contrainte excessive de la forme et du corps pour la dépasser, l’autre par une liberté excessive donnée au danseur. Tous deux interrogent la mémoire du corps et son expression. Avec un seul préalable théorique auquel Bel n’échappera jamais, pour penser la danse et affirmer être une personne avant d’être un danseur, encore faut-il avoir été danseur. Bel n’est bel et bien Bel que parce qu’il y a eu Cunningham. Historiquement et esthétiquement. En cela, cette pièce est un hommage à Merce, un témoignage identitaire bicéphale à écouter et à penser.

http://www.theatredelacite.com/#/accueil 


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 12/12/2011