Le nouveau 007 n’a rien à voir avec l’odieux phallocrate au cœur de pierre. Casino Royale rénove le mythe avec de bonnes idées. Les jeux sont faits !
Avant les James Bond girls sortaient de l’eau, lascives et magnifiques. Désormais, ce qui sort de la mer, c’est James Bond. L’agent est métrosexuel. Il a l’épaule confortable et les tablettes de chocolats. Il a une petite bouche fébrile et les joues délicieusement creuses. Il pourrait être dans le calendrier du Stade Français. Il prend soin de lui : James Bond est moderne !
Avant, James Bond donnait un coup derrière la nuque pour éliminer ses adversaires. Maintenant, James Bond peine à arrêter un possible terroriste qui a regardé Yamakazi en boucle. Le bougre rebondit partout et passe dans un trou de souris. L’agent secret fatigue mais base sa réussite sur sa volonté. James Bond est plus humain : il est moderne.
Avant James Bond sauvait le Monde d’une terrible menace. Dans Casino Royale, il est un novice qui affronte un financier au service du terrorisme. Pas besoin de gadgets et de micro sous la semelle. Bond fait confiance à son sens de l’improvisation. Plus vulnérable, il est moderne.
Avant James Bond prenait un malin plaisir à mettre le plus de femmes dans son lit et il était très fier de leur demander leur prénom après avoir fait l’amour. Mais le goujat épanoui est devenu un petit rigolo romantique. Maintenant, il ne déshabille plus le maximum de mannequins. Il galère pour se faire une experte comptable. Il a un petit cœur sensible, James ! Il est moderne.
Avec l’arrivée du spectaculaire Daniel Craig, les producteurs de la franchise anglaise prouvent qu’ils sont en phase avec le Monde qui les entoure. Casino royale propose un ravalement de façade assez réussi. L’agent secret retrouve quelques vertus d’identification avec le spectateur. Meurs un autre jour avait un peu trop abusé de l’action non stop et délirante ! Cette fois ci, c’est la simplicité qui prime.
James Bond est donc plus faillible. L’intrigue ne cache pas une base secrète grosse comme un continent ou un puissant rayon laser nord coréen. Martin Campbell, réalisateur de Goldeneye, propose une mise en scène classieuse, loin des choses épileptiques d’un Michael Bay. Bref, c’est un peu du cinéma de papa avec ce qu’il faut d’ouverture d’esprit pour ne pas passer pour un vieux con.
Ce disque devrait donc réunir la famille et tous les âges. Casino Royale est une œuvre conventionnelle dans le bon sens du terme. Sans être bluffant, le film est un honnête divertissement, un poil trop long mais qui emmène le mythe vers le bon chemin. On se surprend à attendre avec curiosité le 22e épisode !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 26/05/2007