Que deviennent les individus lorsque le destin les plonge dans la crise économique ? La question est cruciale aujourd’hui. Casimir et Caroline apportent des éléments de réponse.
Casimir et Caroline est une pièce de théâtre d’Odon Von Horvath qui date de 1932.
Casimir vient de perdre son travail et se rend à la fête de la bière de Munich en compagnie de Caroline, jeune employée de bureau. Le fait d’être au chômage remplit Casimir d’amertume et le pousse à se séparer de Caroline qui est attirée, elle, par ses désirs et la possibilité de leurs réalisations. Autour d’eux la société se craquèle.
Nous sommes donc en 1932 à l’aube de la prise de pouvoir d’Adolf Hitler et en plein dans les effluves de la grande crise. Ce qui frappe dans le texte de Von Horvath est que certaines répliques auraient pu être écrites aujourd’hui. Tout ce que ressent Casimir notamment quand il a l’impression que sa condition de chômeur lui enlève toute dignité.
Il s’agit de la première mise en scène d’Emmanuel Demarcy Mota, le nouveau directeur du Théâtre de la Ville dans sa salle. Evidemment, nous sommes trop jeunes pour avoir pu connaître les mises en scène de Jean Vilar et du TNP mais en regardant la mise en scène de Demarcy-Mota, on commence à avoir une petite idée de ce que peut être une mise en scène de grande qualité et accessible à un large public.
Qu’il s’agisse de danses de groupe, de l’union et de la désunion de deux toboggans ou bien d’une foire aux monstres ou d’une virée sur les montagnes russes, la mise en scène est à la fois une mise en espace inventive et une sarabande rythmée vers les abysses. On devrait éprouver un spleen profond mais la tonicité de la mise en scène nous cloue à nos sièges.
Ainsi les acteurs sont excellents, notamment Sylvie Testud qui incarne Caroline, jeune femme en quête d’aventure dans un pays où la descente en flamme est plus facile que la montée. Notamment Hugues Quester à la voix si particulière et au corps lourd. Mais ces acteurs se fondent dans une troupe en tous point excellente et nous sommes happés non par l’idée mais par la réalité d’une troupe.
On pourrait disserter longuement mais il faut aller à l’essentiel : texte important et visionnaire, mise en scène inspirée, acteurs habités et concernés. Le tout égale une soirée qui s’imprimera sur vos rétines et laissera d’indélébiles traces dans vos cerveaux quand vous repenserez aux pièces qui vous ont marqué cette année.
http://www.theatredelaville-paris.com/theatre/casimir-et-caroline.html
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 25/03/2009