Les souvenirs du cinéaste Mehdi Charef sont la source de cette chronique sur l’enfance à quelques jours de l’indépendance algérienne. Académique, le film reste une œuvre utile.
Le gamin qui interprète Ali est incroyable. Pour capter les soubresauts de l’histoire, le réalisateur du Thé au harem d’Archimède se sert habilement du regard inquiet du petit comédien aux yeux noisettes, graves et innocents. Ali, le personnage est bien entendu l’alter ego du cinéaste qui se raconte dans ce film historique un peu trop balisé.
Mehdi Charef fait renaître les années 60 en Algérie. Comme dans tous les films résolument rétro, les enfants font du foot et s’égratignent les genoux avec leurs bermudas trop courts et leurs tricots de peau trop utilisés. Les fonctionnaires sont truculents à faire passer Michel Galabru pour un janséniste. Les prostitués ont un grand cœur. Il y a toujours la vieille dame trop fière.
Heureusement dans Cartouches Gauloises, il y a aussi des soldats ! Ils sont implacables et aveugles : ils tirent sur tout ce qui bouge après le couvre feu. Ils arrêtent arbitrairement et exécutent sans procès. La couche ripolinée pleine de douce nostalgie s’égratigne face à cette réalité.
Le film devient le témoignage d’une époque trouble dont la réalité a bien souvent été gommé de nos têtes. On voudrait refaire l’histoire (et nos hommes politiques s’y emploient) cependant Mehdi Charef rappelle l’évidence d’une guerre.
L’indépendance algérienne a vu des Français s’en prendre à des Algériens. Elle a provoqué une guerre fraternelle entre Algériens. Elle fut la cause d’un exil difficile pour de nombreuses personnes. La fin de la colonisation ne marque pas la victoire d’un idéal humaniste. Dans les faits, c’est un moment d’une cruauté inouïe.
Cette vérité, Charef la montre à travers le portrait finalement banal d’un gosse, ami avec des petits Français, incapable d’avoir du recul avec l’horreur des hostilités. On peut regretter la platitude du scénario trop classique, mais il faut reconnaître que le film souligne quelques points douloureux trop facilement oubliés. D’utilité publique, Cartouches gauloises l’est certainement. Finalement c’est ce qui rend la frilosité narrative très agaçante !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 10/08/2007