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Dimanche 05 Février 2012Cinéma

 Caotica Ana

Caotica Ana

Julio MEDEM

Avec Manuella Vellés, Charlotte Rampling, Bebe, Nicolas Cazalé - Films sans frontières - 11 août 2010 - 1h58

Et ta critique ?




Un film étrange et beau sur la Femme et la Mort, porté par une actrice rayonnante.


Jeune peintre libre et insouciante, Ana est prise en charge par une mécène (Charlotte Rampling) qui lui fait rencontrer d’autres artistes à Madrid, dont Said, un Sahraoui réfugié en Espagne. Lorsque ce dernier met fin à leur relation, la jeune fille découvre qu’elle est habitée par de multiples vies intérieures. Avec l’aide d’un spécialiste de l’hypnose, elle va les explorer.

Le film présente une galerie de figures féminines tout au long de l’Histoire, où prédominent l’image de la femme victime de la violence des hommes, mais aussi celle de la maternité.

Cette odyssée intérieure, qui se double symboliquement d’un voyage à travers l’Océan Atlantique, aboutit à l’implication d’Ana dans sa propre époque, au cours d’une scène assez dure qui vient faire écho à l’énigmatique séquence d’ouverture.

Cette Ana hantée par une étrange métempsychose est aussi une métaphore de l’actrice, portant en elle de nombreux personnages dont elle doit vivre avec sincérité chaque souffrance, chaque mort.

Si le scénario souffre de quelques maladresses, si les dialogues sont parfois lourds (quelle déception de voir et d’entendre Charlotte Rampling énoncer des platitudes de niveau CAP-philo avec la conviction d’un bulldozer sous GHB !), le film est sauvé par deux qualités majeure.

Son montage onirique, tout d’abord, l’assemblage kaléidoscopique d’images parfois sombres, parfois éclairées de manière très crue ; la caméra toujours en mouvement... tout cela contribue à rendre palpable le chaos intérieur d’Ana.

L’excellent jeu et le charisme éclatant de Manuela Vellés (qui joue le personnage éponyme) est le second point fort de Caótica Ana. Son sourire lumineux, sa fraicheur et sa sensualité apportent un contrepoint bienvenu à la noirceur du sujet et à la violence de nombreuses scènes. La conjonction de ces deux qualités atteint des sommets dans les deux belles séquences parallèles où Ana, déambulant sur les trottoirs de Madrid puis de New-York, frôle les mains des passants sans jamais en toucher aucun.

Film étrange, handicapé par quelques gaucheries et lourdeurs, Caótica Ana ne mérite pourtant pas les critiques incendiaires qui ont accompagné sa sortie. Cet éloge douloureux et esthétique de la Femme, à la forme riche et libre, recèle des moments de grâce précieux.


Jean François Seignol

© Etat-critique.com - 21/08/2010