En maraude dans Marne-la-Vallée, un soir d’hiver, Patrice et Mathilde grillent la priorité à une voiture qui passait par là. Le type percute un panneau et perd connaissance, laissant sur ses genoux une enveloppe contenant de l’argent et des documents.
Un coup d’œil au tableau suffit pour décider Patrice et Mathilde. Empocher le fric et vendre les documents leur apparaît comme la meilleure des choses à faire. Sauf que, bien entendu, on est à quelques semaines des élections et certains sont prêts à payer très cher pour remettre la main sur les documents en question. Très cher mais pas forcément aux bonnes personnes.
On ne devrait plus présenter Laurent Martin, mais dans la nébuleuse des sorties polars, quelques petites précisions s’avèrent nécessaires. Ex-guide touristique, ex-prof d’histoire, archéologue, auteur de pièces radiophoniques, Grand prix de littérature policière 2003 avec L’ivresse des dieux, puis directeur de publication de la revue Shanghai Express.
Voici donc son neuvième titre (un dixième est déjà sous presse, La reine des connes, aux éditions La Branche - Suites noires, la collection créé par Jean-Bernard Pouy en hommage à la Série Noire, sortie prévue pour le 16 mai, à vos agenda), et le retour de Max Ripolini, flic municipal de Marne-la-Vallée de L’ivresse des Dieux.
Martin semble apprécier les récits fragmentés. Passionné par l’écriture éclatée de John Dos Passos, il expérimente dans chaque roman une narration différente.
Avec L’ivresse des dieux, il reprenait la trame de la tragédie grecque en faisant intervenir un chœur, un héros et un coryphée ; dans La tribu des morts, chaque chapitre était séparé par l’historique d’un masque africain, des dépêches de presse, des monologues ; avec Cantique des gisants, Laurent Martin, avec une maîtrise certaine, s’essaye au roman choral : après une longue scène d’introduction qui présente tous les personnages, les vingt-quatre heures qui suivent sont divisées en points de vues qui se télescopent les uns aux autres, un peu à la manière d’un Altman. Le lecteur suit ainsi tout ce qui se prépare aux quatre coins de Marne-la-Vallée, qui décide de quoi et dans quelles conditions se déroulera la récupération des documents volés.
Ainsi se crée le suspens avec, comme le disséquait si bien Hitchcock, d’un coté un lecteur informé et, de l’autre, des personnages qui ne savent pas tout de ce qui les attend.
Laurent Martin possède aussi un goût prononcé pour les "affaires", celles qui commencent dans les tribunes des faits divers et glissent peu à peu vers les unes. Dans Cantique des gisants, on en est bien là, et au cours des vingt-quatre heures qui s’écoulent, un politique va faire son possible pour que ce simple accident de la circulation ne prenne pas d’envergure.
Un roman qui confirme le talent de ce Djiboutien de naissance que l’on aimerait voir maintenant traiter de l’affaire Borrel.
Sébastien D. Gendron
© Etat-critique.com - 10/05/2007