Mélissa Laveaux sort son premier album “Camphor & Copper”, un petit bijou acoustique qui laisse entendre des perspectives étonnantes. Une voix envoûtante teintée de soul sur une rythmique efficace. Une des perles de la rentrée.
Nous l’avions découverte au concert de Jean Racine à la Boule Noire. Ce soir-là, invitée, elle reprenait en duo une chanson de Bob Marley. Une voix se dévoilait. Jean Racine annonçait le rendez-vous avec l’album comme la découverte d’une nouvelle pépite. Ca l’est.
Née à Montréal en 1985 de parents haïtiens fraîchement immigrés, Mélissa grandit à Ottawa, Ontario, dans un univers majoritairement anglophone, et s’intègre à ce nouvel environnement, sans rien abandonner pour autant de sa culture d’origine, créole et francophone. C’est forte de tous ces métissages que Mélissa produit ici un premier album au croisement de ces mondes grâce financièrement à la Bourse Lagardère Jeune Talents. Le français, l’anglais apparaissent successivement, Mélissa prend le temps de chanter et de laisser sa voix vibrer et l’auditeur vibre avec.
L’album de douze titres fait honneur à sa voix et à une rythmique souvent assumée par une simple guitare électro-acoustique. Si l’album est prometteur, c’est qu’on connaît la difficulté de faire un album avec comme simple atout ces deux instruments (guitare-voix) sans que les titres ne lassent. Ici, on se laisse volontiers porter. Mieux, on en redemande. Les autres instruments n’apparaissent qu’en pointillés comme cet accordéon et cette trompette en contre-champ dans « I want to be evil », une suave reprise d’Eartha Kitt. Des touches suggestives qui démontrent un joyeux désir pour se tordre rythmiquement de plaisir.
Ecoutez « Scissors » pour vous convaincre, la chanson d’ouverture vous attrape et ne vous lâche pas. Une rythmique aigue électro-acoustique suivie par une basse électrique en fond, une voix qui marque sensiblement les temps, parle et repart. Une recette hypnotique de 3 minutes.
« My boat » démarre sur une Human beatbox masculine suivie d’une guitare puis de Mélissa, une nouvelle boucle enchanteresse. Vous sourirez sur le mot « tears », tordu phonétiquement par Mélissa. Un feeling qui fait mouche. La reprise de « Needle in the hay » d’Elliott Smith est étonnante. Dans « Chère trahison » la mélodica au lointain laisse passer les accentuations françaises de Mélissa. Une couleur groove qu’elle laisse librement entendre sur « interlude Haïti » ou « Koudlo ».
Et quand Mélissa démarre a capella « Ulysses », on sent que la chanson de 3’10’’ pourrait tenir seulement accompagnée des claps de main... Une rareté par les temps qui courent et d’hyper-production. La classe.
En somme, le charme vocal de Mélissa Laveaux est évident et ne demande qu’à exploser au grand jour. Les doux méandres vous feront tomber par terre. Une douceur portée par le label NO format qui revendique un droit à la différence dans la jungle du formatage industriel. Une nouvelle voix vient de se faire entendre. A découvrir et à soutenir. Une réussite.
Mélissa sera en concert :
Dec. 2 Le Sirius – Lyon
Dec. 5 Le Grenier à Sons – Cavaillon
Dec. 18 La Boule Noire - Paris
Jan. 30 L’Argo’Notes – Montreuil
Mars 3 Le Printemps de la Chanson – La Ferté Macé