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Lundi 21 Mai 2012Art-scène

 Caligula

Caligula

Nicolas LE RICHE et Guillaume GALLIENNE

du 31 janvier au 24 février 2011 Opéra Garnier - Paris

Et ta critique ?




 

Était-ce bien la peine de déplacer les Étoiles ?

 

S’il est une musique qui suggère la danse, c’est bien les Quatre Saisons de Vivaldi. Avec Quatre Saisons, Angelin Preljocaj avait d’ailleurs signé en 2005 l’un de ses spectacles les plus émouvants. Nous étions très curieux de voir ce que Nicolas Le Riche - danseur Étoile de l’Opéra national de Paris – ferait de ce morceau de légende, qu’il a choisi pour rythmer sa chorégraphie Caligula (créée en 2005).

 

Selon l’argument de l’Opéra de Paris : « Conçu à la manière d’une tragédie racinienne, le ballet ne tente pas de dire pourquoi Caligula est assassiné, mais de raconter comment il va vers la mort. Un cheminement habité par une quête d’absolu, qui est aussi pour Nicolas Le Riche une quête de danse. »

 

Une quête de danse? Une bien étrange recherche à vrai dire, surtout si l’on considère que la danse n’est que bien peu présente dans ce ballet !

 

 

 

Ce drame en cinq actes figure la montée de la conjuration des sénateurs contre l’empereur Caligula, des sénateurs habillés de combinaisons en cuir noires tout droit sorties de l’an 2000 des années 80.

 

Quatre interludes pantomimiques s’intercalent entre les actes, au son d’une ennuyeuse musique électronique et minérale signée Louis Dandrel. Pendant ces interludes, la danse proposée par Nicolas Le Riche est au comble de son insipidité et de sa fadeur. Le chorégraphe ne sait manifestement pas quoi faire de l’espace dont il dispose, aussi se cantonne-t-il trop souvent à l’avant-scène et demande-t-il à ses danseurs d’arpenter la scène dans sa largeur plutôt que dans sa profondeur.

 

 

 

Il faut attendre l’acte IV pour voir enfin une scène vraiment dansée. Trop rare moment de grâce lors de l’apparition d’Incitatus, le cheval de Caligula, joliment dansé par Audric Bézard. Pour le reste, les sénateurs évoluent le plus souvent les hanches grandes ouvertes, et nous donnent la pénible impression d’assister à un hakka de plus d’une heure.

 

 

Plus la musique se fait vivace et moins ils dansent. Nicolas Le Riche croit spirituel d’alourdir les thèmes musicaux en demandant à ses danseurs de battre la mesure en frappant le sol à grands coups de pied, ou de poing.

 

Certes, les Quatre Saisons, trop souvent remixées à la sauce musique d’attente, en ont vu d’autres ; mais enfin, elles n’avaient vraiment pas besoin, dans le dernier acte, d’être parasitées par des notes électro-ternes !

 

 

 

Entre classicisme, modernité rétro et futurisme suranné, l’œuvre de Nicolas Le Riche se cherche et ne se trouve pas. Le chorégraphe et son dramaturge, Guillaume Gallienne, empilent les tableaux figuratifs sans mettre en place de réelle trame narrative, faisant de ce ballet un patchwork difficilement compréhensible pour qui n’est pas féru d’histoire romaine.

 

Pourquoi chaque tableau est-il entrecoupé d’intermèdes avec trois Pierrot la Lune ridicules ? Parce que Caligula adorait la pantomime, pardi ! (Caligula est mort à vingt-neuf ans, assassiné de trente coups de couteau à la sortie d’un spectacle de pantomime.) Mais que vient donc faire ce cheval au beau milieu du spectacle ? Mais, voyons, tout le monde sait que Caligula idolâtrait son cheval. Non ?

 

 

 

Une captation du ballet est visible sur le site http://www.medici.tv/#/movie/14692/


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 24/02/2011