Valérie Leulliot revient avec Caldeira, un extrait de vie en solo. Un nouveau départ feutré, un appel à la rêverie.
Prendre son temps. Faire une pause. S’isoler. Se recentrer pour repartir. Caldeira est un album qui ne laisse pas indifférent quand on connaît l’histoire de Valérie Leulliot et son passage par le groupe Autour de Lucie qui a traversé 10 ans de sa vie. On sort incontestablement songeur de ces 46 minutes d’écoute. Songeur sur cette introversion, cette rêverie et ce changement d’atmosphère.
L’ensemble des morceaux est fondé sur une rythmique lente à la guitare qui invite la voix à passer devant. La voix a été travaillée, les bruits de bouche du chant près du micro et les reprises de souffle sont assumés pour davantage d’intimité. Plus que dans le cœur du volcan évoqué par le titre Caldeira, c’est bien dans une bulle que nous entrons avec cet album résolument atmosphérique et contemplatif. Il y est souvent question de paysages, de nuages, de temps et bien sûr d’amour, nappes vocales et arpèges guitare en contre champ.
L’ensemble des morceaux a été enregistré avec Sébastien Lafargue multi instrumentiste, compositeur et producteur de l’album. Ce qui est sûr, c’est cette nouvelle patte, ce nouveau virage pris par Valérie, comme une volonté de rupture avec le passé ou comme une volonté de suspendre le temps pour se le réapproprier. Beaucoup de sons et de programmations parsèment les titres, notamment Un endroit dans lequel les sons et les mots existent par touches, comme des scintillements du temps qui passe, des pointillés de vie. Des espaces de vide pour l’attente, des espaces de vide pour l’absence.
Alors, mieux vaut avoir le moral avant l’écoute car les titres sont souvent mélancoliques. « Je cherche un point de chute, dans ma ligne de fuite, quelques minutes, suspendre la suite pour un moment » est une phrase qui reste en tête et représente au mieux cet album touchant par l’aspect confessionnel et souvent solitaire qui s’y fait entendre. Le premier titre écrit par Miossec vient annoncer la couleur avec Mon Homme Blessé, pour marquer une rupture et un départ en rythme. La porte claque en début de chanson. Courant d’air. « Les apparences s’éclairent » écrit Miossec…
Le masque tombe un peu et les 10 titres suivants nous montrent une Valérie qui se prête au rêve et se donne tout autrement, par une forte présence épurée. La guitare folk laisse régulièrement entendre ses glissements d’accords sur les cordes comme dans Les Falaises en se mixant à des effets harmoniques plutôt bien arrangés. Même volonté de plaquer le spontané et de déjouer les apparences. Les instruments alternent leur place avec celle de la voix, en échange naturel, où la féminité de Valérie Leulliot et son timbre prennent largement le dessus. Dans une nappe électro-feutrée, Pyromane clôt l’album en douceur mais avec le désir d’être le plus proche possible de l’auditeur, avec une certaine sensualité.
Les rêveurs et les lunaires trouveront incontestablement dans ce nouvel album une source de rêveries, quant aux autres ils reprocheront probablement à ce nouveau départ de Valérie Leulliot, un ensemble trop lisse dû au parti pris atmosphérique. Les gagnants seront sûrement ceux qui découvriront pour la première fois Valérie Leulliot, la tête dans les étoiles sur la pochette de l’album, et les yeux dans le lointain. Une belle prise de risque en duo avec Sébastien Lafargue mêlant naturel, acoustique et électro.
Sites : www.myspace.com/valerieleulliot et http://www.villagevert.com/
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 28/03/2007