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Lundi 21 Mai 2012Art-scène

 Cabaret

Cabaret

Sam MENDèS

Mise en scène originale de Sam Mendès - Avec Claire Pérot, Fabian Richard, Catherine Arditi, Pierre Reggiani, Geoffroy Guerrier, Patrick Mazet, Delphine Grandsart, Sylvie Neyraut, Patrice Bouret et Philippe Valmont - Les Folies Bergère - 32, rue Richer 75

Et ta critique ?




Le "musical" de Broadway est à Paris jusqu'en juin pour un spectacle total dans une salle de légende. A voir absolument !


Créée à Broadway en novembre 1966 par Harold Prince, la comédie musicale composée par John Kander pour la musique, Fred Ebb pour les paroles et Joe Masteroff pour le livret, a depuis fait le tour du monde avec le succès que l’on sait. Succès sans doute largement imputable au chef d’œuvre cinématographique de Bob Fosse (1972) avec l’incomparable Liza Minnelli dans le rôle de Sally Bowles, Joel Grey en troublant Emcee et Michael York interprétant Cliff Bradshaw.

Remonté à New York en 1998 sous la direction conjointe de Rob Marshall (Chicago, Mémoires d’une geisha) et Sam Mendès (American beauty, Les sentiers de la perdition, Jarhead), Cabaret est à Paris  jusqu’en juin prochain dans une adaptation française formidablement réussie, notamment grâce à Jacques Collard et Eric Taraud.

Mais pour bien prendre la mesure de ce spectacle, il faut d’abord dire un mot de la salle qui l’accueille : les Folies Bergères ! Ecrin parfait pour ce "musical" décadent, sordide et éblouissant, le théâtre de la rue Richer est lui-même un monument incontournable de la nuit parisienne. Approchez de son entrée : un groom en livrée rouge vous salue et vous ouvre grand les portes. L’intérieur, vaste hall rococo, lumineux et ouvragé invite le visiteur à gagner la salle elle-même, tout au fond, bien à l’abri des bruits de la ville et du monde trivial. Ici, ce ne sont que petites tables rondes installées devant la scène, à peine éclairées d’une lampe individuelle à abat-jour rouge. Les hôtes des lieux vous accueillent avec une gentillesse et une attention devenues rares aujourd’hui, vous conduisent jusqu’à votre place et vous souhaitent une belle soirée.

Arrivez un peu en avance, commandez une coupe et regardez. Le magnifique intérieur de cette salle d’exception. Le ballet des spectateurs qui arrivent lentement et s’émerveillent de l’ambiance. Les artistes qui viennent "sentir" la scène les uns après les autres : gammes pour les musiciens, assouplissement effrontés pour les danseuses, dernière cigarette avant le lever de rideau… Roulement de batterie, les lumières s’éteignent, la poursuite lumineuse capture la silhouette efflanquée du prodigieux Emcee (Fabian Richard) : "Willkommen, bienvenue, welcome…"

Berlin, années 30. Cliff Bradshaw, écrivain américain sans le sou rencontre Ernst Ludwig, un sympathique Allemand qui lui trouve une chambre dans la pension de Fraülein Schneider et lui propose une virée au Kit Kat Club, boîte de nuit "chaude", enclave de liberté et de débauche dans une Allemagne en train de faire lit d’un Hitler qui mettra le monde à feu et à sang.

Si l’argument et les thèmes de Cabaret (prostitution, avortement, antisémitisme, nazisme, homosexualité…), ne sont plus à rappeler, la performance de la troupe française est, elle, en tout point digne d’éloges enthousiastes. Sans jamais édulcorer le propos des créateurs de l’œuvre, la vingtaine d’acteurs, chanteurs et musiciens (souvent tout cela tour à tour ou à la fois) offre plus de deux heures d’un spectacle sans temps mort ni faiblesse.

Chorégraphies millimétrées, chansons sublimes, dialogues pertinents et justes, mauvais esprit et vulgarité assumés : Cabaret est une comédie musicale toujours moderne qui crache sur les bons sentiments pour se concentrer sur l’essentiel, la vie. Et la mort. Car rien n’est épargné au spectateur, et surtout pas le coup de grâce d’une fin tragique et brûtale qui agit comme un électrochoc salutaire.

Les lumières se rallument déjà. Berlin, années 30 cède la place à Paris, années 00. Il fait nuit, il fait froid, il pleut. On a qu’une envie : retourner s’asseoir à cette table mal éclairée, commander une autre coupe et écouter encore Emcce nous souhaiter la bienvenue et Sally Bowles, l’artiste vedette du Kit Kat Club, nous chanter son désespoir !


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 15/03/2007