Didier Tronchet dessine les traits d’une nouvelle héroïne, Prunelle. Le dyptique s'appelle Ca n’arrive qu’à moi. Une preuve supplémentaire de la tendresse et de l'amour de Tronchet pour les gens simples.
Les 9 tomes de Jean-Claude Tergal chez Fluide Glacial, La Bite à Urbain ou Sacré Jésus chez Delcourt n’ont pas déformé le talent d’un dessinateur par ailleurs écrivain. Tronchet sait manier l’humour potache avec finesse en passant par la naïveté et de courtes planches gaguesques qui s’arrêtent généralement avant que ça ne devienne lourdingue. Il revient chez Futuropolis avec une héroïne, Prunelle. La jeune fille célibataire, prête à sauver le monde avec ses éco-gestes, veut créer sa petite entreprise naturopathe.
Prunelle, comme Jean-Claude Tergal petit, prête une oreille attentive à la langue française. Mais à sa manière. Si Jean-Claude Tergal croyait que "faire le pont" consistait à construire un pont, grâce à l’instructive lecture de Placid et Muzo, Prunelle mémorise toutes les expressions, mais les restitue dans le désordre. Prunelle mixe le français. « la quadrature du siècle, comme un cheval dans la soupe, mettre un poil d’honneur… » Une légèreté presque oulipienne qui s'ajoute au dynamisme d’un corps et d’un caractère volontaire.
Prunelle emprunte son vélocipède pour parcourir une ville aux airs de Paris et croise des personnages tels qu’un conseiller de clientèle bancaire, un prof de français qui cherche à se recaser dans le milieu scénaristique. Elle se heurte aux voleurs de vélo, aux représentants d’un syndic… Prunelle subit les événements mais parvient toujours à se sortir des tracas du quotidien. Un optimisme qui fait du bien tout au long de la lecture.
Les planches sont en trichromie et s’enchaînent avec un rythme soutenu. On se laisse très rapidement embarquer par les aventures de Prunelle qui nous inspire de la sympathie. Si le scénario n’est pas d’une grande originalité, on sent venir rapidement le dénouement d’une partie de l’intrigue, l’ambiance qui se dégage de l’album et les traits humains du personnage font de cette BD une lecture plus qu’agréable nous décrochant régulièrement des sourires puis des rires. Les jeux de mots sur Vendredi noir de Robinson Crusoé, Si l’incinération n’était pas mortelle… sont des petits moments de bonheur. Tronchet manie adroitement les angles de vue pour nous faire incarner Prunelle et sa plume fait souvent mouche. L’intrigue du tome 1 nous laisse en suspend. On attend donc avec impatience le tome 2 !
http://www.tronchet.com/
http://www.futuropolis.fr/
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 07/06/2010