Stephen Chow a réussi à intégrer des codes narratifs et des inspirations pluriculturelles dans le cinéma hongkongais. Le résultat? Ce film familial, véritable bijou d’inventivité et d’humour.
Élever seul son fils n’a rien de facile. Surtout quand on est veuf, que l’on travaille à plein temps sur un chantier et que l’on est obligé d’occuper un bâtiment en partie détruit pour laisser place aux grands buildings en verre qui poussent comme des champignons dans une Chine qui ne sait plus où elle va, mais qui y va vite.
Pourtant, le dénuement atteint son apogée lorsqu’il faut payer des frais de scolarité exorbitants afin que son rejeton devienne quelqu’un. Alors, quand il s’agit d’acquérir le dernier gadget à la mode pour ne pas passer pour un fils de prolétaire à la récréation, on se doute que ça ne va pas être facile. Une fois n’est pas coutume, la solution tombe du ciel.
Ici, c’est un extra-terrestre qui va faire le bonheur du gamin. Sauf que l’adorable boule de poils gélatineuse n’a pas les super pouvoirs qu’il aurait espérés. Elle ne peut que réparer des choses et fatigue très vite. Mais elle changera leur vie.
On aurait tort de comparer CJ7 à un simple Flubber chinois, même si la production industrielle de jouets à l’effigie de cette créature trop mignonne pour être vraie est très disneyenne. Stephen Chow maîtrise son sujet et réussit à transcrire son univers dans un registre inédit. Les personnages excentriques qui peuplent le long-métrage donnent à la caricature sociale une ambivalence jouissive que chacun pourra comprendre à son niveau.Car le côté politique n’est pas épargné. À l’instar de ses précédentes réalisations, le développement économique produisant toujours plus d’inégalités et la perte des traditions au profit d’une culture mondialisée fait l’objet d’un sous-texte intelligent. On aura également le droit à d’autres thématiques adultes (cruauté, deuil…) plus classiques dans ce genre de film.
La mise en scène est exemplaire, le récit est dynamique, les effets spéciaux sont bien incrustés sans chercher à impressionner inutilement. Rien à redire, si ce n’est que les fans pourront regretter un emploi discret du kung-fu, mais après tout, les arts martiaux ne sont pas un enjeu ici.
Très exotique, on aurait de priver ses enfants (et soi-même) d’une sucrerie pareille qui, certes, sent les bons sentiments à plein nez, mais l’humour décalé compense largement les poncifs existants. Et puis, l’incorporation d’un morceau de Boney M dans un film chinois est une curiosité à ne pas manquer.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 25/09/2008