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Dimanche 05 Février 2012Livre

 C'était notre terre

C'était notre terre

Mathieu BELEZI

Albin Michel - 474 pages

Et ta critique ?




Fresque ambitieuse et efficace de la colonisation française en Algérie, C’était notre terre frappe juste et fort par son efficacité romanesque et son intelligence des coeurs et des hommes.


Mathieu Belezi est sans doute l'un des auteurs français contemporain les plus mystérieux. Peu désireux de s'exprimer ou de laisser filtrer la moindre information biographique, on ne connaît ni son âge (il serait né à Limoges en 1947 ou 1948), ni son adresse (après la Louisiane, la Provence, le Périgord et l'Inde, il vivrait depuis plusieurs années en Italie), ni, sans doute, tous ses pseudonymes (Gérard-Martial Princeau - son vrai nom, Anne-Marie S, Mathieu Belezi…).

Ce que l'on sait, en revanche, c'est que sa plume est alerte et que son goût du risque l'a poussé, pour son dernier roman, vers un projet aussi passionnant que périlleux : une saga pied-noir consacrée à l'histoire des de Saint-André, famille de colons français installés de longue date en Algérie sur le domaine de Montaigne : 653 hectares de collines, de champs de blé, d’orangers, d’oliviers et de vignes...

Assez fin pour éviter tous les écueils (ni nostalgie du "temps béni des colonies", ni déni de la déchirure éprouvée par les hommes et les femmes nés sous le soleil d'un pays qui était "le leur"), Mathieu Belezi donne la parole à six personnages qui, en alternance, vont se raconter, laisser libre-cours à leurs passions, leurs amours et leurs haines pour une terre dont ils seront arrachés au début des années 60.

Ce roman polyphonique au long cours prend le temps de laisser s'exprimer successivement différentes générations, différentes origines et différentes sensibilités qui finissent par former un tout cohérent, une vision d'ensemble à la fois crue, triviale et réaliste de ce que fut l'Algérie au cours des deux siècles écoulés. De ce que fut notamment le colonialisme à l'œuvre dans tout son aveuglement, toute sa brutalité. De ce que fut également la guerre d'indépendance menée avec un aveuglement et une brutalité qui n'avaient rien à lui envier.

Pour mieux dire cette violence permanente, Mathieu Belezi adopte une écriture originale, orale mais soignée, proche de la confession qui ressasse le passé et rouvre les plaies comme pour mieux les désinfecter. Son roman est une sorte psychanalyse collective ou, plus exactement, de chant funèbre pour une Algérie défunte. Sur les cendres d’un passé révolu, chacun règle ses comptes avec lui-mêmes et les autres, avec la petite et la grande histoire... avant d’expirer dans un dernier souffle. Et du souffle, justement, C’était notre terre n’en manque pas !


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 26/02/2009