Un petit retour sur le film au budget dérisoire réalisé par les comparses André Bonzel Rémy Belveaux et Benoit Poelvoorde. "Ben" pour les intimes, interprète un sérial killer complètement barré.
Il est suivi par une "équipe" de tournage (soit le minimum syndical : un perchiste et un cameraman) qui passent peu à peu du statut d'observateur passif à celui de complice.
L'humour noir grinçant côtoie le politiquement très incorrect et ce pour notre plus grand plaisir. Benoit Poelvoorde y est comme jamais inspiré et authentique! On est très loin du clown triste, peu drôle dans ses derniers films
Le choix du noir et blanc et l'usage quasi-systématique du plan séquence desservent parfaitement (et heureusement) le caractère faussement documentaire du film.
Des scènes cocasses voire chocs (La très controversée scène de viol collectif) sont le prétexte à d'innombrables répliques cultes. Des envolées lyrique aussi ...
Le morceau choisi : " Pigeon ! Oiseau à la grise robe, Dans l'enfer des villes À mon regard, tu te dérobes, Tu es vraiment le plus agile. "
C'est finalement avec une empathie (un peu coupable) qu'on suit les aventures de ce tueur en série philosophe et sociologue à ses heures.
Les dialogues (ou monologues) évoquent avec candeur un racisme latent, le conformisme et les idées reçues d'une société wallonne qui doute profondément d'elle-même.
Implicitement ils livrent une profonde réflexion avant-gardiste sur les médias et le traitement de l'information. L'invasion de la télé-réalité, encore embryonnaire au moment de la sortie du film, révèle aujourd'hui la portée prophétique de ce chef-d’œuvre.
Julien Cadet
© Etat-critique.com - 21/11/2008