En mode mineur, les frères Coen s’offrent une récréation. Ils profitent pour se laisser aller à leur passion : filmer les cons !
Brad Pitt est le petit nouveau à apparaître dans l’univers cohérent et baroque des frères Coen. Son entrée est fracassante. Il s’est fait la tronche de Johnny Bravo, héros débile, prétentieux et attachant d’un dessin animé hilarant des années 90.
Bellâtre sportif au cerveau réduit à une goutte de sueur, l’acteur fait tout pour être un couillon. On est franchement troublé. Il n’est pourtant pas le seul à faire le crétin devant la caméra d’Ethan et Joel.
On retrouve avec beaucoup de plaisir Frances McDormand, muse des cinéastes et pétillante en coach sportif qui rêve de se refaire le corps à coups de coûteuses opérations de chirurgie esthétique.
En face d’elle, George Clooney s’enlaidit pour jouer un érotomane paranoïaque tandis que John Malkovich s’éclate en peignoir pour singer une étonnante dépression. Un tas de seconds rôles complètent cette galerie de personnages bas du front et fiers de l’être.
Les Coen, eux, imitent le cinéma d’espionnage mais s’en prennent à l’imbécillité qui règne sur les Etats-Unis. Même la CIA ne comprend rien aux agissements de cette demi douzaine de zigotos qui se tirent dans les pattes sans le vouloir.
Finalement, les frères ont toujours aimé les imbéciles depuis leur premier film et cela s’est affirmé au fil des ans, spécialement dans les comédies comme Arizona Jr, Le grand saut ou bien sûr The big Lebowsky, référence ultime en matière de buses héroïques !
Le problème, c’est que nous sommes aussi abandonnés par le duo qui, visiblement, s’amuse beaucoup avec son scénario tordu. Ethan et Joel Coen, après le sombre No country for old men, se font plaisir. Mais ne pensent pas beaucoup au spectateur, ravi de les retrouver sur une touche plus légère. Cependant, le film dans son ensemble ressemble à une grosse private joke.
On ne rit pas avec eux. Mais toujours en décalage, ne comprenant pas du tout leur nouveau délire. Ce n’est pas bien grave : un mauvais Coen reste toujours un bon film.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 15/12/2008