Avec Bullet Park, le Collectif Les Possédés met à l’épreuve de la scène le roman de John Cheever sur la fragilité du rêve américain des années 60.
Le roman de Cheeverdécrit la vie des banlieues américaines du boom de l’après-guerre avec distance et avec un profond sens critique. Son écriture est satirique, sans être cynique pour autant. La modernité des sentiments et des manières de pensée, la permanence de l’absurde dans le désir d’ordre, de paix et de protection des dangers du monde sont sidérants.
Le Collectif « Les Possédés » a décidé de proposer une adaptation théâtrale de ce roman. Sur une scène assez simple et modulable, mêlant intérieur et extérieur de ces banlieues blanches, se développe le quotidien de la famille Nailles - dont le fils Tony tombe soudainement dans une grande dépression - et du couple Hammer, avec ses secrets et ses insatisfactions. Dès le début, tout geste et tout dialogue flotte vers le drame final. Cette apparence d’ordre et de contrôle doit s’écrouler, inévitablement.
Dans la mise en scène de Bullet Park, on sent la richesse du style de Cheever, l’équilibre subtil entre comédie et tragédie. Et pourtant, quelque chose gâche cette adaptation. Peut-être la traduction en français dans laquelle on perd la force et l’efficacité du style d’origine ? Peut-être le rythme des scènes, trop courtes ou trop longues, dans lesquelles on n’aperçoit pas assez ou on reste trop longtemps sur les caractères des différents personnages ?
Quelque chose nuit à l’intensité du texte et de la mise en scène, la profondeur du roman de Cheever se trouve noyée dans les allers-retours continuels des personnages, dans l’emphase excessive du jeu, laissant de côté les nuances du style littéraire.
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Gloria Morano
© Etat-critique.com - 11/12/2011