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Lundi 21 Mai 2012Cinéma

 Brothers

Brothers

Jim SHERIDAN

Avec Natalie Portman, Jake Gyllenhaal, Tobey Maguire et Sam Shepard - Wild bunch - 2009

Et ta critique ?




En guise de préambule, l'auteur de ces lignes doit prévenir le lecteur : il lui est impossible de faire preuve d'objectivité à propos d'un film dans lequel joue la sublime Natalie Portman. Ceci étant confessé, parlons de Brothers.


Un film, donc, avec Natalie Portman. Elle incarne Grace, autochtone typique de l'Amérique profonde, ex-cheerleader, bonne épouse et mère attentionée de deux charmantes filles. Son mari (Sam, joué par Tobey Maguire) est capitaine dans les U.S. Marines.

Au début du film, Sam part en Afghanistan. Son hélicoptère est rapidement abattu par les « insurgés » et le capitaine est considéré comme mort.

La première grosse moitié de Brothers est alors consacrée au deuil dans la famille du héros. Grace, partagée entre le chagrin d'avoir perdu l'homme qu'elle aimait et la nécessité de faire face pour élever ses filles ; les parents de Sam, et particulièrement son père, ancien militaire, vétéran du Viet-Nam qui cherche refuge dans l'alcool ; Tommy, le jeune frère de Sam, le raté, le vaurien, le poivrot, qui sort de prison après un bracage minable.

La disparition de son aîné va le métamorphoser en père de substitution pour ses nièces, en soutien de famille exemplaire, celui qui saura ramener la joie dans la maison endeuillée. Mais le rapprochement entre Grace et Tommy va prendre un tour de plus en plus ambigu.

Puis le film bascule avec le retour de Sam, qui est resté de longs mois prisonnier des Talibans. À la joie des retrouvailles succède l'impossible réadaptation de Sam à une vie normale. Traumatisé par sa captivité, il sombre dans la mélancolie et la paranoïa.

Brothers n'est pas à proprement parler un film de guerre (la même histoire aurait pu être construite à partir d'une séquestration crapuleuse, par exemple), cependant sa représentation du conflit afghan pose problème.

Les courtes mais très intenses scènes de guerre (combats, tortures, exécutions...) sont fortement orientées. Il y a d'un côté les braves et courageux Marines, de l'autre les insurgés barbus, barbares insensibles et assoifés de sang. Dans ces passages-là, dénués du moindre recul, on a l'impression d'être en plein film de propagande pour l'Oncle Sam.

À l'inverse, dans les scènes américaines, Jim Sheridan se montre d'une grande subtilité. Alors que tout, dans le scénario, invitait à sombrer dans le mélo sirupeux et larmoyant, le film reste sobre et mesuré.

L'amour naissant entre Grace et Tommy se laisse deviner dans un non-dit plein de retenue, des petits gestes ou des regards ; l'opposition entre Tommy et son père, si elle se nourrit du débat sur l'engagement américain en Afghanistan, demeure un conflit familial, sans excès. Les personnages restent humains, ils ne deviennent pas des porte-parole de telle ou telle thèse.

Sheridan filme avec réalisme et pudeur des gens ordinaires qui, confrontés à des événements extraordinnaires, continuent à vivre, à être eux-mêmes. Pour cela, il est servi par un ensemble d'acteurs de qualité : Natalie Portman, bien sûr (j'avais prévenu...), que son charme n'empêche jamais d'être crédible en brave mère au foyer, simple sans être idiote, mais aussi le sensible Jake Gyllenhaal dont le jeu s'oppose à la froideur de Tobey Maguire, ou encore Sam Shepard dans le rôle du père déchiré entre sa culpabilité et les valeurs auxquelles il croit.


Jean François Seignol

© Etat-critique.com - 09/06/2010