Adepte d’un country rock à la fois direct et très travaillé, ce groupe signe l’un des meilleurs albums de ce début d’année grâce à une éblouissante paire de songwriters.
Acclamé outre-Atlantique, ce groupe d’Athens (Georgie) qui signe là son 8e album, est assez méconnu en France.
Et c’est bien dommage, tant ce Brighter Than Creation’s Dark révèle, écoute après écoute, de trésors cachés, comme un bon petit plat encore meilleur au fur et à mesure qu’on le réchauffe.
Et un plat de résistance bien consistant, puisque l’album ne compte pas moins de 19 chansons, déclinées, en quatre « faces », comme sur un antique double 33 tours. Il faut dire que la musique des Truckers doit beaucoup au passé, sans pourtant jamais sentir la naphtaline. Plus encore qu’à Lynyrd Skynyrd, dont ils se réclament et auxquels on les compare souvent., on pense aux Rolling Stones période Exile On Main Street pour ce creuset d’ influences rock, country et blues, relevées par une délicieuse touche soul et une mordante énergie venue de leurs débuts punks.
Mais la force du disque vient avant tout de la personnalité des ses deux principaux auteurs-compositeurs. A ma droite, Patterson Hood, leader naturel et compositeur prolifique. Chanteur à la voix aigûe et écorchée, signant des textes superbes, où il est souvent question de personnages qui tentent de joindre les deux bouts (« The Righteous Path »), de paternité (« Two Daughters and a beautiful wife »), de vétérans d’Irak insomniaques (« The Man I Shot »), et où commentaire social ne rime jamais avec prechi-prêcha.
A ma gauche, James Cooley, plus disert, plus terrien aussi , voix de crooner country, auteur de magnifiques vignettes pleines de figures déjantées et d’un humour grinçant (« Bob », « Lisa’s Birthday »). Ces deux-là, qui se fréquentent depuis 22 ans, semblent dialoguer tout au long de l’album, et l’émulation et l’admiration réciproque sont presque palpables.
On n’oubliera pas non plus la bassiste Shonna Tucker, qui pour la première fois apporte trois chansons, un peu en-dessous de celles des deux autres, mais qui font respirer, par leur simplicité et leur féminité, un album bien dense, à la fois varié et plein de la cohésion d’un groupe soudé par des années de scène quasi-ininterrompue.
D’ailleurs ils sont paraît-il encore meilleurs en concert, mais vu que leur tournée ne passera pas par chez nous, le voyage à Londres en août prochain s’impose…
Nicolas Lejeune
© Etat-critique.com - 28/03/2008